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1922 : Le « Pacte » des syndicalistes révolutionnaires
Article mis en ligne le 4 février 2016
Un « pacte » signé par dix-huit syndicalistes révolutionnaires, dont Pierre Besnard, suscita en 1922 une certaine indignation, de bonne foi du côté des libertaires, mais surtout de mauvaise foi chez les communistes de l’époque. Régulièrement, certains puristes du syndicalisme révolutionnaire ressortent ce « pacte » des placards pour stigmatiser les « anarcho-syndicalistes » manipulateurs et les couvrir de honte. Mais ce pacte, il faut le revendiquer. Besnard et ses camarades ont fait exactement ce qu’il fallait faire ! ! ! Le problème est qu’il l’ont fait très maladroitement (manque d’expérience ?), et qu’ils ont échoué.
Un « pacte » signé par dix-huit syndicalistes révolutionnaires, dont Pierre Besnard, suscita en 1922 une certaine indignation, de bonne foi du côté des libertaires, mais surtout de mauvaise foi chez les communistes de l’époque. Régulièrement, certains puristes du syndicalisme révolutionnaire ressortent ce « pacte » des placards pour stigmatiser les « anarcho-syndicalistes » manipulateurs et les couvrir de honte. Mais ce pacte, il faut le revendiquer. Besnard et ses camarades ont fait exactement ce qu’il fallait faire !!! Le problème est qu’il l’ont fait très maladroitement (manque d’expérience ?), et qu’ils ont échoué. « Tout Parti désireux d’appartenir à l’Internationale Communiste doit poursuivre une propagande persévérante et systématique au sein des syndicats, coopératives et autres organisations des masses ouvrières. Des noyaux communistes doivent être formés, dont le travail opiniâtre et constant conquerra les syndicats au communisme. Leur devoir sera de révéler à tout instant la trahison des social-patriotes et les hésitations du “centre”. Ces noyaux communistes doivent être complètement subordonnés à l’ensemble du Parti. » Est donc mise en place une stratégie de pénétration dans toutes les structures de la classe ouvrière en vue d’en prendre le contrôle. Aucun militant syndicaliste révolutionnaire de l’époque ne pouvait ignorer l’existence de cette politique. Tous ceux qui prirent la décision de soutenir la politique du gouvernement soviétique et de ses institutions internationales, aussi bien l’Internationale communiste que l’Internationale syndicale rouge, savaient nécessairement. Aussi lorsque Monatte s’indigne que le « Pacte » des syndicalistes révolutionnaires va à l’encontre de la charte d’Amiens, il sait très bien ce qu’il en est. Le « Pacte » de Besnard n’est rien d’autre que la réplique à cette attaque généralisée du communisme contre le mouvement syndical. Une réplique très maladroite. En outre, ils ont fait une ânerie pas croyable : ils ont rédigé un texte expliquant ce qu’ils allaient faire, et en plus, ils l’ont signé ! C’est confondant de maladresse parce que c’est le genre de chose qu’on fait, mais qu’on ne crie pas sur les toits. En outre, les signataires de ce « pacte » se sont montrés d’une naïveté invraisemblable en s’imaginant que l’information n’allait pas circuler. Et naturellement, leur « pacte » a été publié au moment même où ça arrangeait le plus ses adversaires : à la veille du congrès de la CGTU… Un hasard ??? Ce « pacte » daté de février 1921, fut signé par dix-huit syndicalistes révolutionnaires, dont Pierre Besnard – mais pas par Victor Griffuelhes, que certains auteurs veulent présenter comme la tête pensante derrière cette initiative [1] qui suscita une certaine indignation, de bonne foi du côté des libertaires, mais surtout de mauvaise foi chez les communistes et les compagnons de route de l’époque. Aucun document ne permet d’affirmer que Griffuelhes s’est trouvé derrière ça, et les auteurs qui le suggèrent ne se fondent que sur des suppositions. Le « Pacte » de Besnard n’est rien d’autre que la réplique à cette attaque généralisée du communisme contre le mouvement syndical. Une réplique très maladroite. En outre, les signataires de ce document ont fait une ânerie incroyable : ils ont rédigé un texte réputé « secret », expliquant ce qu’ils allaient faire, et en plus, ils l’ont signé ! C’est confondant de maladresse parce qu’il eût été bien plus intelligent de proclamer publiquement leur intention. C’était faire preuve d’une candeur invraisemblable que d’imaginer que l’information n’allait pas circuler. Lorsque l’existence du « Pacte » et son texte intégral furent révélés le dans La Bataille syndicaliste (15 juin 1922), celui-ci était dissous depuis près d’un an. Mais nous étions à un moment où ça arrangeait le plus ses adversaires : à la veille du congrès de la CGTU… Un hasard ??? Concluons sur Griffuelhes. C’était certes un « vétéran » de la CGT : il avait été à sa tête de 1901 à 1909 et en avait été un acteur décisif pendant la période héroïque de la confédération, et je ne pense pas que les militants de 1920 l’aient oublié, d’autant qu’il était alors un militant actif des Comités syndicalistes révolutionnaires, dans lesquels il avait soutenu les libertaires. Dire qu’il était « marginalisé » dans la CGT, c’est donc aller un peu vite en besogne. Il avait ensuite collaboré à la Vie ouvrière. A-t-il « orchestré » le « Pacte » ? Alors que Tosstorff est affirmatif, le « Maitron en ligne » se contente de dire qu’il « semble avoir été à l’origine du fameux “Pacte” secret ». Le fait est qu’il n’en est pas le signataire, ce qui est surprenant pour un militant qui l’aurait « orchestré ». A titre strictement personnel, je dirai que, bien plus expérimenté que la plupart des signataires du Pacte, s’il l’avait effectivement « orchestré » il aurait probablement mieux fonctionné. Voici le texte de ce « Pacte » : En acceptant ce pacte, les membres des C.S.R. soussignés, prenons l’engagement d’observer à la lettre l’esprit de ce qui suit: Maintenant que dit ce pacte ? 1) que son existence ne doit pas être révélée, 2) qu’il faut assister aux réunions, 3) il faut que ses membres soient solidaires, 4) être discipliné, 5) militer pour la révolution, 6) défendre le fédéralisme et l’autonomie dans le mouvement syndical, 8) rester sur le terrain du syndicalisme révolutionnaire, 9) militer sur le terrain de classe (économique), 10) ne pas dégoiser à l’extérieur, 11) fonctionner par cooptation. Tout ça n’est pas bien méchant, à part le point 1) qui fait plutôt boy-scout. C’est surtout le point 7 qui indigne les bonnes âmes. Au fond, ce point-là évoque un peu la 9e condition d’admission à l’Internationale communiste, mais il reste selon moi très en dessous d’elle. Il y a quand même une différence : alors que la 9e condition de l’IC vise à assurer le contrôle des communistes sur le mouvement syndical, la 7e condition du « Pacte » vise à en assurer l’indépendance en faisant élire, au sein de la CGTU, des « camarades purement syndicalistes révolutionnaires, autonomistes et fédéralistes ». Ce fameux « Pacte » a été mis en place par des militants maladroits, dont ce genre de magouille n’était manifestement pas la tasse de thé et qui ne disposaient pas des conseillers techniques soviétiques qui pilotaient alors les dirigeants de la CGTU. Monatte est bien mal venu de reprocher au « Pacte » des syndicalistes révolutionnaires d’être « la destruction du syndicalisme », lui qui est resté si discret sur les mesures mises en place par l’Internationale communiste pour détruire le mouvement syndical, et sur son propre rôle dans cette affaire. Notes : [1] Sur cette personnalité significative du mouvement ouvrier français, voir Bruce Vandervoort, Victor Griffuelhes and French Syndicalism, 1895-1922, Baton Rouge, 1996.] |