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L’oublié de l’affaire WikiLeaks : Bradley Manning
Article mis en ligne le 9 janvier 2011
« Avec le temps, l’isolement produit un syndrome bien connu qui est apparenté à celui d’un trouble cérébral biologique – le délire. La liste des conséquences possibles sur une personne est longue et peut inclure une incapacité à tolérer des stimulus ordinaires, des troubles du sommeil et de l’appétit, des formes primitives de pensée et des ruminations agressives, des altérations de la perception et des hallucinations, l’agitation, des crises de panique, la claustrophobie, le sentiment de perte de contrôle, la colère, la paranoïa, la perte de mémoire, le manque de concentration, des douleurs généralisées dans tout le corps, des anomalies d’EEG, la dépression, des idées suicidaires et des comportements aléatoires et autodestructeurs. » (Joshua Holland, Bradley Manning Suffering Extreme Isolation, December 24, 2010, http://www.alternet.org/story/149317/) Selon Kaye, les effets de la détention a déjà ont déjà commencé à apparaître sur Manning – il semble avoir des difficultés de concentration et sa condition physique se détériore. Comme le note Glenn Greenwald, le régime d’isolement prolongé est « largement considéré dans le monde entier comme fortement néfaste, inhumain, et probablement même comme une forme de torture.” Dans un article du New Yorker paru en mars 2009 intitulé « L’isolement permanent est-il de la torture ? » – le chirurgien et journaliste Atul Gawande rassemblait des avis experts et des anecdotes personnelles pour démontrer que, « tous les êtres humains ressentent l’isolement comme de la torture ». En soi, le régime l’isolement prolongé détruit progressivement l’esprit d’une personne et la conduit à la folie. Un article de mars 2010 dans le Journal de l’Académie américaine de Psychiatrie et de Loi explique que « le régime d’isolement est reconnu comme difficile à supporter ; en effet, les causes de stress psychologique tels que l’isolement peuvent être aussi cliniquement destructeurs que la torture physique ». Il faut reconnaître que Manning est un « whistleblower », un lanceur d’alerte [2]. Pour certains Etats-uniens, Manning dénonce des crimes commis par les forces US en Irak et se sent obligé de diffuser l’information dans l’espoir qu’elle suscitera « à l’échelle du monde, des discussions, des débats et des réformes ». « Je veux que les gens voient la vérité », écrivit-il, « indépendamment de qui ils sont, car sans information, vous ne pouvez pas en tant que public, prendre des décisions en connaissance de cause. » (Cité par Greenwald.) Il y réussit : la diffusion d’une vidéo montrant l’attaque d’un hélicoptère US contre un groupe de civils désarmés et l’attaque qui s’ensuivit contre les sauveteurs qui se précipitaient pour évacuer les survivants furent des révélateurs des horreurs de la guerre qu’on ne voit jamais dans les images sélectionnées montrées par les militaires. « Sachant que les Etats-Unis peuvent faire disparaître, et fait disparaître des gens à volonté dans des “sites noirs”, qu’ils les assassinent avec des drones invisibles, les emprisonnent pour des années sans le moindre procès même en sachant qu’ils sont innocents, les torturent sans pitié, et qu’ils agissent d’une façon générale comme un pouvoir impérial voyou au-dessus des lois, tout cela crée un important climat d’intimidation et de peur. Qui osera défier le gouvernement des Etats-Unis – même de manière légale – sachant qu’il pourrait agir au mépris des lois, avec violence, sans frein et sans crainte des répercussions ? » (Greenwald.) Parlant des modalités habituelles d’incarcération définies par le droit international, Greenwald commente : « C’est le côté sombre du régime d’exception américain. Notre volonté de ne pas appliquer ces critères aux prisonniers américains rendit facile le refus d’appliquer la convention de Genève qui interdit de tels traitements aux prisonniers de guerre étrangers, au détriment de la position morale de l’Américque dans le monde. De la même manière que la génération précédente d’Américains avait accepté la ségrégation légale, notre génération a accepté la torture légale. Et il n’y a pas de plus claire manifestation de cela que notre usage routinier de l’isolement carcéral. » [/R.B./] _______________ Sources : Bradley Manning Suffering Extreme Isolation Courageous Whistleblower ’Physically Deteriorating’ By Joshua Holland, AlterNet Posted on December 23, 2010, Printed on December 24, 2010 http://www.alternet.org/story/149317/ The Inhumane Conditions of Bradley Manning’s Detention By Glenn Greenwald Salon December 15, 2010 http://www.salon.com/news/opinion/glenn_greenwald/index.html Notes : [1] Glenn Greenwald est un avocat, auteur et blogger états-unien. Il intervient sur le blog Salon.com où il traite de questions politiques et juridiques. Il est fait référence ici à un article publié le 15 décembre 2010 intitulé « The inhumane conditions of Bradley Manning’s detention ».[2] Whistleblower signifie littéralement « celui qui siffle ». C’est quelqu’un qui avertit les autres sur une situation qu’il estime anormale, injuste, éventuellement contre l’avis de sa hiérarchie. Contrairement au délateur, le « lanceur d’alerte » avertit contre une menace mettant en danger la communauté. |