Actualité de Bakounine

jeudi 29 octobre 2009
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POURQUOI parler de Bakounine à une époque où le communisme réel s’est effondré dans les pays qui s’en réclamaient, à une époque où le néolibéralisme triomphe de façon incontestable et où a été décrétée la « fin des idéologies » ?

Tout d’abord parce que ce qu’on a appelé « communisme réel » n’a jamais représenté la réalité du communisme, ensuite parce qu’un système économique et social oppressif peut et doit être combattu, et enfin parce que l’affirmation de la fin des idéologies n’est en fait que l’affirmation de la suprématie d’une idéologie dominante. Or, il se trouve que Bakounine a des choses originales à dire sur ces trois points et que ses analyses restent d’une étonnante modernité.

Le texte d’Amédée Dunois proposé ici est une courte biographie de Bakounine qui présente très honnêtement les grands débats auxquels l’anarchiste russe a été confronté. Sa thèse est que Bakounine est le fondateur du syndicalisme révolutionnaire et, ajouterons-nous, de l’ anarcho-syndicalisme, concept qui n’existait pas encore à l’époque où le texte a été rédigé. Dunois termine sa biographie par quelques considérations très intéressantes, mais trop courtes, sur l’œuvre de Bakounine.
On oublie trop souvent que Bakounine n’a été anarchiste que pendant les huit dernières années de sa vie, de 1868 à sa mort en 1876. Si on considère qu’à partir de 1874, malade, il cesse pratiquement toute activité, cela constitue une très courte période pendant laquelle il a pu développer ses idées.

Ainsi, le reproche, fait par Dunois, du caractère décousu de son œuvre est-il parfaitement justifié : « le penseur vaut mieux que l’écrivain », dit-il. « Bakounine s’est montré peu capable de discipliner son esprit et d’ordonner une pensée naturellement abondante et touffue ».

Lorsqu’il écrit que le socialisme de Bakounine « n’a évolué qu’avec une extrême lenteur », Dunois perçoit très bien que la pensée politique du révolutionnaire est une évolution progressive vers l’anarchisme. Conservateur dans les années trente, Bakounine est un démocrate radical préoccupé de la question slave au début des années quarante ; après son évasion de Sibérie il reprend les choses telles qu’elles étaient avant son arrestation. Entre-temps, l’auteur du Manifeste du parti communiste est devenu celui du Capital. Pour dire les choses autrement, Bakounine a été arrêté pendant la révolution de 1848 et revient sur la scène politique à la veille de la constitution de l’AIT. La question slave l’occupe encore, mais, vivant en Italie, il devient l’un des principaux fondateurs du mouvement socialiste dans ce pays. Il pense encore qu’il est possible de rallier la bourgeoisie radicale à la cause du socialisme. Son expérience dans la Ligue de la paix le convainc de l’inutilité de cette voie.

Ainsi, Bakounine écrit-il à Marx, le 22 décembre 1868, une lettre dans laquelle il rend hommage à l’action que ce dernier a menée depuis vingt ans ; il rappelle qu’il a fait des « adieux solennels et publics » aux bourgeois de la Ligue et affirme qu’il ne connaît désormais « plus d’autre société, d’autre milieu que le monde des travailleurs [ ... ] ma patrie, maintenant, ajoute-t-il, c’est l’Internationale, dont tu es l’un des principaux fondateurs. Tu vois donc, cher ami, que je suis ton disciple, et je suis fier de l’être ».
Il est donc significatif que c’est dans une lettre à Marx qu’en 1868 il décide de ne plus se consacrer qu’à l’action dans la classe ouvrière. Cette lettre peut être considérée comme l’acte de naissance de l’anarchisme comme courant organisé de la classe ouvrière internationale.

(SUITE DU TEXTE : consulter le document en format PDF.)


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