Nous avons besoin d’une forte augmentation des salaires !

Aimé HALBEHER, militant CGT
dimanche 19 décembre 2010
par  Eric Vilain
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Sans pour autant partager les références doctrinales de l’auteur de ce texte, nous pensons l’analyse qu’il fait mérite d’être connue.

[|Nous avons besoin d’une forte augmentation des salaires !|]

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[/« Le développement de l’industrie moderne, la tendance
générale de la production capitaliste n’est pas
d’élever le niveau moyen des salaires mais de
l’abaisser de manière incessante, c’est-à-dire ramener
la valeur du travail à sa limite la plus basse.
Mais cette tendance ne doit pas amener la classe
ouvrière à renoncer à sa résistance contre les empiètements incessants du capital. Si elle le faisait, elle se
ravalerait à n’être qu’une masse informe d’êtres
faméliques. Surtout, elle se priverait elle-même
de la possibilité d’entreprendre des mouvements de plus grande envergure. »/]

[/Karl Marx – 1865/]

Depuis 1983, c’est-à-dire 27 ans, la tendance à la baisse de la part des revenus salariaux dans la richesse totale et annuelle produite en France, se poursuit au bénéfice des revenus des entreprises et de la propriété.

Ce transfert s’estime à 8 % du Produit Intérieur Brut, c’est-à-dire environ 120 milliards d’euros par an.

La fin de l’indexation de salaires sur les prix en 1984 et la modération salariale incluse dans la loi des 35 heures ont aggravé cette chute, alors que l’intensité, la charge de travail ont fortement augmenté pour obtenir le maximum de production ou de charges par heure travaillée par salarié.

Le résultat de tout cela :

• Une pauvreté galopante : 12 % des habitants vivent dans la précarité. 15 millions de français risquent la spirale de l’endettement chaque mois à 50 euros près.

• Des millions de salariés actifs se retrouvent dans les populations pauvres ou sans domicile fixe.

• La fatigue physique et nerveuse a envahi le monde du travail au point d’engendrer accidents, usure prématurée, maladie nerveuse et usage inconsidéré de médicaments, suicides, etc…

• Une sous-consommation aggravant le chômage.

Pourquoi les salariés français en sont arrivés là alors que durant tout le 20e siècle, la lutte pour l’augmentation des salaires a dominé les luttes sociales comme en 1921, 1936, 1968 ? où furent arrachées des augmentations de 30 à 50 % des salaires minimas.

Depuis 30 ans, une formidable campagne de culpabilisation des coûts salariaux en France s’exerce sans discontinuer. Certes, cela a toujours existé mais ce qui est nouveau, c’est que cette campagne a été menée aussi et avec encore plus de zèle par deux gouvernements socialistes au nom de la modernisation compétitive, du franc fort, de la mondialisation.

« Si un gouvernement de gauche dit cela c’est qu’il doit quand même y avoir du vrai ».

Mais le plus étrange et certainement le plus pervers, c’est l’abandon par la CGT (depuis Henri Krasucki) et par le Parti communiste français (Georges Marchais) de cette farouche priorité à accorder à l’augmentation des salaires dans les réflexions, les discours publics, les initiatives d’actions.

Relisons les discours, les textes de congrès de Benoit Frachon, Georges Séguy, Henri Krasucki, Maurice Thorez et Georges Marchais et autres responsables de ces époques.

Comparons-les sur cette question à ceux sortis depuis une dizaine d’années de Montreuil et de la place du Colonel Fabien. Et pourtant, l’effondrement des salaires n’a jamais été aussi rapide.

Compte tenu de la place stratégique et révolutionnaire de la lutte pour les salaires et le paiement de la force de travail découvert par Marx au 19e siècle, on peut considérer que ces renoncements des partis de gauche et des organisations syndicales d’aujourd’hui s’apparentent à un renoncement à la lutte pour modifier les rapports de force en faveur du monde du travail en vue de changements plus fondamentaux.

Enfin, la construction de l’Europe capitaliste et de sa monnaie l’euro ont constitué une occasion fantastique pour tous les capitulards qui ont trouvé pendant 30 ans un argument pour mettre les salariés européens en concurrence sur les salaires et fuir leur responsabilité en France en indiquant que tout dépendrait désormais des décisions européennes.

Donc, les luttes nationales seraient inopérantes et seules seraient efficaces les luttes syndicales au niveau européen. Alors que l’on sait que ce qui favorise les rassemblements au plus haut niveau ce sont les succès que l’on est capable de réaliser chez soi.

La priorité aujourd’hui pourrait être de travailler à la reconquête d’un rapport de force des idées, des luttes, des rassemblements en faveur de l’exigence d’une forte augmentation des salaires pour toutes les catégories comprises dans les conventions collectives. Cette reconquête peut être rapide, compte tenu de la situation difficile et préoccupante des salariés.

La situation sociale, économique, financière s’aggrave rapidement. Elle nécessite de fortes augmentations allant jusqu’à 30 à 40 % sur les bas salaires et 10 à 15 % pour les salaires qualifiés. Ceci afin de faire bouger une situation complètement bloquée par l’union sacrée des « élites ». C’est la seule conquête sociale susceptible de faire reculer la financiarisation, les profits spéculatifs et la corruption.

Elle nécessite aussi des transformations dans les systèmes de rémunérations et les grilles de salaires, réintroduisant les connaissances et l’expérience comme élément de base du salaire et surtout des garanties d’indexation des salaires sur le coût de la vie.

Pour cela, il faut travailler dans deux directions :

a) Aider à affuter rapidement les arguments en faveur des salaires et faire reculer les idées patronales et réformistes sur les coûts salariaux

b) Soutenir toutes les luttes d’entreprises portant sur les salaires en les faisant connaitre et en les valorisant en leur trouvant des soutiens.

Par exemple dans la lutte des idées, il faudrait travailler sur plusieurs thèmes concernant les salaires, prix, profits, force de travail et plus-value.

a) Les salaires français sont parmi les plus bas d’Europe alors qu’ils étaient dans le peloton de tête dans les années 70.

Depuis, la France a un taux de chômage des plus élevés. Ses entreprises délocalisent, ses échanges commerciaux sont des plus dégradés, sa croissance est plus faible.

Alors que :

b) La pauvreté, le chômage, les bas salaires engendrent des dépenses sociales considérables pour les communes, les départements, l’Etat et donc l’augmentation des impôts, des taxes et des prélèvements.

c) S’il n’est pas vrai que la hausse des salaires conduit à la hausse des prix, par contre, elle réduit les prélèvements capitalistes nuisibles, les profits financiers et spéculatifs sur l’entreprise.

Et surtout, elle oblige les directions d’entreprises à rentabiliser les augmentations de salaires qu’elles sont contraintes d’accorder en élevant les dépenses de formation, les investissements matériels et technologiques. Elles obligent à des coopérations inter-entreprises pour le partage des coûts de recherche, d’investissements.

Elle permettrait de stopper l’embrasement du paiement de la force du travail des jeunes qui conduit aujourd’hui les employeurs à sous-payer à l’embauche leurs nombreuses années d’études secondaires ou supérieures.

d) La hausse des salaires fait reculer le chômage et le travail précaire.
Elle réduit ainsi la pression du chômage sur le salariat qui a tendance à se culpabiliser ou à être moins exigeant en période de forte inactivité.

e) La hausse générale des salaires a des effets bénéfiques pour la consommation intérieure, donc pour les PME, le commerce, l’artisanat mais aussi pour les recettes des fonds sociaux comme la retraite, l’URSSAF, les allocations familiales, les Assedic, etc…
Elle oblige le patronat et les politiques à des efforts de reconquête des productions nationales.

f) La lutte pour l’augmentation forte et générale des salaires a toujours été la plus rassembleuse jusqu’à provoquer des luttes de très grande envergure.

Pourquoi ? Parce que tout le monde y est concerné, intéressé au même moment quel que soit son poste de travail, son âge, son entreprise.

Mettre une sourdine à l’augmentation des salaires, c’est vouloir éviter de tels embrasements sociaux qui entraînent le plus souvent un progrès social et démocratique plus général.

A l’inverse, plus les salariés s’enfoncent dans la pauvreté, la précarité, plus ils se désintéressent de la vie démocratique et civile (vote Le Pen, abstentions, désyndicalisation).

g) Enfin, les multinationales et les grandes banques mondiales utilisent les bas salaires, les conditions sociales misérables des travailleurs de Chine, d’Inde, du Brésil, de Corée du Sud, de l’Europe Centrale pour faire baisser les coûts salariaux et les dépenses sociales dans le monde entier.

h) Les salariés français ont encore la force et l’intelligence politique d’apporter un exemple de lutte victorieuse sur les salaires et un soutien à tous ces ouvriers, employés, techniciens qui luttent aujourd’hui en Asie, en Amérique Latine et en Europe de l’Est pour une augmentation générale des salaires.


Pour information :

C’est le 7 septembre 1846 qu’a été créée la première organisation patronale française. Son fondateur était Auguste Mimerel, filateur à Roubaix. Celui-ci avait au préalable exposé sa doctrine en quatre axiomes :

1. Il faut qu’une légère et permanente menace de chômage pèse sur l’ouvrier pour contenir ses revendications ;

2. Il faut laisser entrer en France la main-d’œuvre étrangère pour contenir le niveau des salaires ;

3. La révolte des ouvriers est le fait, non pas de la misère, mais des idées de réformes répandues chez les salariés les mieux payés ;

4. Il faut limiter les investissements.
[/
Aimé HALBEHER/]

[/Syndicaliste CGT, Ancien militant communiste chez Renault-Billancourt, Ancien membre du comité central du PCF

Le 17 décembre 2010/]