– L’anarchisme en Russie : une implantation profonde

mercredi 19 janvier 2011
par  Eric Vilain
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Extrait de Octobre 1917, le Thermidor de la révolution russe, René Berthier, Editions CNT–Région parisienne. 2003.

Lorsque la révolution éclate, le mouvement ouvrier russe n’est pratiquement pas organisé. Les syndicats sont interdits, les militants traqués par la police. Les ouvriers qui travaillent dans l’industrie, très concentrée, n’ont pas de tradition et commencent à peine la lente élaboration vers une pratique et une théorie autonomes, qui ne peuvent être que le résultat de dizaines d’années de luttes et d’expérience. Les anarchistes russes furent les seuls à militer pour la révolution sociale avant octobre 1917, alors que les partis d’obédience marxiste, bolcheviks compris, entendaient se limiter à l’instauration d’une république démocratique bourgeoise.

« En 1917, les anarchistes furent, comme dans la révolution précédente, les seuls défenseurs de la révolution sociale. Ils se tenaient constamment et obstinément sur la voie de la vraie révolution sociale, malgré leur faiblesse et leur manque de préparation au point de vue organisation. En été 1917, ils aidaient invariablement, par la parole et par l’action, les mouvements agraires des paysans qui enlevaient les terres aux seigneurs. Invariablement, ils étaient avec les ouvriers lorsque, longtemps avant le “coup d’octobre”, ceux-ci s’emparaient, en différents endroits de la Russie, des entreprises industrielles et s’efforçaient d’y organiser la production sur les bases de l’autonomie ouvrière [1] . »

Il faut garder à l’esprit que le caractère « prolétarien » du mouvement révolutionnaire russe dans son ensemble doit être relativisé. A l’époque où en Europe occidentale, et en France en particulier, ainsi qu’aux Etats-Unis, entre 1890 et 1910, s’élabore dans le mouvement ouvrier industriel une doctrine et une pratique qui sera qualifiée d’anarcho-syndicalisme, cela fait peu de temps que les serfs ont été émancipés en Russie (1861). La classe ouvrière russe a fait son apparition dans les centres urbains, mais, à l’aube de la révolution, les ouvriers ne sont qu’environ trois millions.


[1Répression de l’anarchisme en Russie soviétique, p. 31, éditions de la Librairie sociale, 1923.


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