L’Occident et la guerre contre les Arabes. — Réflexions sur la guerre du Golfe et le Nouvel ordre mondial

mercredi 25 mai 2011
par  Eric Vilain
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L’Occident et la guerre contre les Arabes. — Réflexions sur la guerre du Golfe et le Nouvel ordre mondial

René Berthier

Éditions l’Harmattan
1994
ISBN 2-7384-2584-4

La guerre du Golfe a-t-elle été planifiée par l’administration américaine, et Saddam Hussein est-il tombé dans un traquenard ?
Pourquoi George Bush a-t-il rejeté toutes les tentatives de médiation – dont les médias n’ont pratiquement pas parlé – et pourquoi a-t-il été catégoriquement opposé à une solution négociée arabe au conflit ?
La crise dramatique de l’économie des États-Unis a-t-elle été déterminante dans le déclenchement de la guerre ?

A partir de ces questions l’auteur livre une réflexion sur l’enjeu vital que constitue, pour les métropoles industrielles, le maintien du Moyen-Orient dans un état de dépendance économique et politique, mais il souligne également les contradictions internes qui, au sein du monde arabe, favorisent cette situation. Élargissant le champ de sa réflexion, l’auteur tente ensuite de mettre en relief les mécanismes généraux de domination du tiers monde par les grandes puissances industrielles, et notamment le rôle joué par les institutions internationales d’« aide » au tiers monde.

Si l’effondrement du bloc soviétique a modifié les donnes en mettant fin à la bipolarisation des relations internationales, il n’a pas mis fin aux rapports de domination eux-mêmes. Le « nouvel » ordre mondial n’a de nouveau que les formes sous lesquelles se manifeste un ordre déjà ancien.

Pendant la guerre du Golfe, l’auteur a animé sur Radio libertaire une émission devenue, après la fin des bombardements sur l’Irak, les « Chroniques du Nouvel ordre mondial ». Militant pour la levée de m’embargo qui pénalisait terriblement la population irakienne mais pas du tous les dirigeants de l’État, il a assumé en 1993 les fonctions de président de la Coordination pour la levée de l’embargo imposé à l’Irak. Les opinions qu’il développe dans cet ouvrage lui sont cependant propres. Membre de l’association Justice et paix en Palestine, René Berthier est également militant syndicaliste dans la CGT du Livre.

Éditions l’Harmattan
5-7, rue de l’École-Polytechnique
75005 Paris

Introduction

Ce travail sur l’après-guerre du Golfe est le résultat d’une expérience récente, celle de mon activité radiophonique à Radio Libertaire à partir du début des bombardements sur l’Irak. Quelques camarades et moi-même avons été mobilisés pour « couvrir » l’événement, c’est-à-dire rester sur place à tour de rôle, en permanence, et faire un travail de contre-propagande.
Par circulaire, les 180 animateurs furent informés que si les émissions habituelles (qui sont loin d’être toutes politiques), continuaient normalement, ils devaient céder la place, lorsque cela était nécessaire, à des flashes d’information ou à des communiqués. Des équipes de camarades se relayaient dans le studio, avec pour consigne d’intervenir régulièrement pour condamner l’intervention militaire, donner des informations sur les réactions contre la guerre, présenter des analyses.
Le secrétariat de la radio afficha dans le studio une consigne invitant les animateurs à ne pas faire d’appel direct à la désertion, mais informant qu’il n’était pas illégal de passer des chansons antimilitaristes ou de lire des textes antimilitaristes tirés de livres et de journaux. Cette attitude a été motivée par le choix de ne pas risquer inutilement l’interdiction. Certains ont critiqué cette prudence. Elle était pourtant justifiée, car nous avons appris par la suite que des radios de la bande FM, et particulièrement des radios associatives maghrébines, avaient reçu des menaces parfaitement explicites des autorités, et avaient été invitées à se « tenir tranquilles ».
Dès le lundi suivant le début des bombardements, une émission hebdomadaire de deux heures a été créée pour la durée de la guerre, intitulée « La Guerre qu’on voit danser... » en référence, évidemment, à la chanson de Charles Trénet, qui se prêtait particulièrement bien à ce détournement : « La guerre qu’on voit danser/ le long des Golfes clairs/ a des reflets d’argent... »
L’intention était de présenter une réflexion de fond sur la guerre, ses causes, ses conséquences : la récession aux États-Unis comme facteur explicatif de la guerre, les problèmes internes de l’Irak, l’origine de la dictature de Saddam Hussein, la puissance financière du Koweït, la démystification de l’idée de « guerre pour le droit international », les contradictions au sein du monde arabe, le rôle des médias.
De nombreux invités ont été conviés à s’exprimer : Irakiens, Maghrébins, Kurdes, journalistes, chercheurs, sans parler des innombrables appels téléphoniques.
Toutes les organisations, associations, qui se sont créées alors et qui ont milité contre la guerre ont pu s’exprimer à notre antenne, et leurs initiatives ont été répercutées : des comités anti-guerre locaux, la Coordination pour la levée de l’embargo, Alerte contre le nouvel ordre mondial, les 75, le comité indépendant pour le droit et le tribunal international, le forum pour une paix juste et globale au Moyen-Orient, etc.
En ce qui concerne les appels téléphoniques, une remarque peut être faite. Dès le débuté il y a eu un flot ininterrompu d’appels de gens qui, pour la plupart, ne connaissaient pas Radio Libertaire auparavant et qui semblaient zapper d’une station à l’autre pour s’arrêter sur nous. Ceux-là exprimaient leur surprise mais aussi leur plaisir d’entendre un autre langage sur la guerre. Tous nous encourageaient à continuer. « Un ballon d’oxygène », « de l’air frais » et autres commentaires revenaient souvent. Un auditeur nous a même dit qu’on « sauvait l’honneur de la France », mais on n’en demandait pas tant...
Certains auditeurs pleuraient au téléphone tellement ils étaient émus d’entendre sur les ondes des voix qui tranchaient avec la veulerie médiatique dominante. Aujourd’hui, cela paraît un peu mélodramatique, mais de tels appels ont justifié les efforts incroyables déployés par les militants de la Fédération anarchiste pendant dix ans contre tous les pouvoirs – y compris, et peut-être surtout le pouvoir « socialiste » – pour maintenir sur les ondes une « voix sans maître ».
Dans les premiers jours des bombardements, le caractère émotionnel intense des appels des auditeurs qui, pour la plupart ne connaissaient pas Radio Libertaire auparavant, mais qui étaient écoeurés par les médias, a, je pense, frappé tous les animateurs qui ont traité de ce sujet. On peut dire sans exagérer que les émissions de la radio sur la guerre, pendant les opérations militaires, ont constitué pour de très nombreux auditeurs une véritable bouée de sauvetage, un authentique refuge.
La guerre a été une charnière importante dans l’évolution des rapports que la radio entretient avec ses auditeurs ; « quelque chose » d’extrêmement positif s’est passé, une véritable relation s’est créée pendant plusieurs semaines entre les auditeurs et la radio. Nous avons gagné, je pense, un crédit de sympathie auprès de gens qui, en d’autres circonstances, n’auraient jamais écouté Radio Libertaire : tous ceux, toutes celles, quelles que soient leurs origines, qui ne se reconnaissaient pas dans le discours médiatique dominant et qui se sont littéralement réfugiés sur notre longueur d’onde : beaucoup de femmes, et en particulier des maghrébines ; des immigrés ; des Beurs et nombre de ressortissants arabes du Moyen Orient.

C’est à tous ces auditeurs de Radio Libertaire que je dédie ce travail.


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