KROPOTKINE ET LES COMMUNES DU MOYEN ÂGE

René Berthier
mardi 9 août 2011
par  Eric Vilain
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Kropotkine est fasciné par un phénomène qui a touché le Moyen-Âge, les communes libres, dont il décrit la constitution de manière un peu idyllique – un phénomène, dit-il, qui ne fut pas compris par les historiens : « les agglomérations urbaines de toutes sortes, et jus-qu’aux plus petits bourgs, commencèrent à secouer le joug de leurs maîtres spirituels et temporels.. Le village fortifié se souleva contre le château du seigneur, le défia d’abord, l’attaqua ensuite et finale-ment le détruisit » . Raccourci saisissant et pas tout à fait exact.
Alors que les derniers vestiges de la « liberté barbare » semblaient disparaître, le mouvement communal réapparut dans les cités médié-vales.

« L’Europe, tombée sous la domination de milliers de gouver-nants, semblait marcher, comme les civilisations antérieures, vers un régime de théocraties et d’Etats despotiques … »

C’est à ce moment-là que se constitua « un mouvement semblable à celui qui donna naissance aux cités de la Grèce antique ». Ce mou-vement, « avec une unanimité presque incompréhensible », toucha toute l’Europe, des côtes de la Méditerranée à celles de la Baltique, de l’Atlantique à l’Oural.

« Partout avait lieu la même révolte, avec les mêmes manifes-tations, passant par les mêmes phases, menant aux mêmes résul-tats. Partout où les hommes trouvaient, ou espéraient trouver quelque protection derrière les murs de leur ville, ils instituaient leurs “conjurations”, leurs “fraternités”, leurs “amitiés”, unis dans une idée commune, et marchant hardiment vers une nouvelle vie d’appui mutuel et de liberté. Ils réussirent si bien qu’en trois ou quatre cents ans ils changèrent la face même de l’Europe. Ils cou-vrirent les pays de beaux et somptueux édifices, exprimant le gé-nie des libres unions d’hommes libres et dont la beauté et la puis-sance d’expression n’ont pas été égalées depuis … »

La comparaison avec les cités de la Grèce antique est, par sa gé-néralisation, très exagérée. La constitution des communes sur le terri-toire européen suit des schémas trop différents pour être réduits à une explication unique. Les conditions qui ont permis la constitution de cités-Etats indépendantes en Italie – assez comparables il est vrai aux cités de la Grèce antique – sont complètement différentes de celles qui ont produit les communes du Nord de la France qui s’insèrent parfaitement, on le verra, et n’en déplaise à Kropotkine, dans le tissu féodal. Quant aux cités du Midi de la France, qui étaient des républi-ques consulaires, elles suivent également un schéma tout à fait diffé-rent.
Si nous cherchons quelles forces ont produit la commune, dit Kropotkine, nous les trouvons dans « ce courant même d’entraide et d’appui mutuel que nous avons vu à l’œuvre dans la commune du village » . La commune du Moyen-Âge serait ainsi l’héritière des traditions de la commune villageoise.

Cette idée de communes se constituant par la libre volonté de leurs habitants, luttant contre le pouvoir des nobles et du monarque, constituant des centres d’administration autonomes de la vie civile et source de richesse, constitue un leitmotive de la théorie kropotki-nienne, et fournit le modèle de sa pensée en tant que théoricien de l’anarchisme. C’est pourquoi il faut examiner la validité de cette théorie. Notre intention n’est d’ailleurs pas de la démonter mais de montrer qu’il se trompe parfois de perspective dans ses descriptions et dans les causes des évolutions qu’il décrit.


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