Israël-Palestine. Mondialisation et micro-nationalismes

René Berthier
samedi 22 décembre 2012
par  Eric Vilain
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Israël-Palestine. Mondialisation et micro-nationalismes.

Editions Acratie, 1998.

Rares sont les livres écrits par des libertaires qui traitent de questions internationales autres que celles ayant trait au mouvement anarchiste. Ceux de René Berthier font partie des exceptions. Ce militant suit de près la situation au Proche-Orient, les problèmes géopolitiques qu’elle sous-tend et la manière dont le nouvel ordre mondial s’organise.

Les éditions Acratie ont publié son dernier travail sur le sujet : Israël-Palestine. Mondialisation et micro-nationalismes. Il ne s’agit en aucun cas d’une énième histoire de l’État hébreu ou du conflit israélo-palestinien : l’ouvrage constitue plutôt une synthèse des questions soulevées par ce conflit. Berthier soumet au crible de son analyse libertaire les forces en présence et leurs politiques respectives. Autre originalité du livre : le postulat que l’État d’Israël doit être appréhendé avec les critères d’analyse couramment appliqués à n’importe quel État. Seulement cette région du monde et cette lutte entre deux « micro-nationalités » sont, comme l’écrit l’auteur « le centre de gravité d’antagonismes internationaux qui dépassent largement les protagonistes directs », et il faut voir dans ce conflit « l’illustration parfaite, jusqu’à la caricature, d’un type de rapport instauré entre métropoles industrielles et pays dominés ».

Berthier a saisi l’importance des tensions et des luttes de pouvoir qui règnent dans les deux camps. Au fil des décennies, les rapports de force évoluent. Avant les années 1980, peu d’islamistes soutenaient la cause palestienne. Israël a encouragé cette résistance croyante qui faisait contrepoids à l’OLP, et qui permettait ainsi à l’État hébreu de se proclamer rempart contre l’islamisme. Ces manoeuvres et la manière dont le religieux s’est emparé de la lutte palestienne radicale sont bien décrites dans le livre. Berthier retrace la genèse des accords de paix. Il explique que des divergences profondes (dues à des différences de classes) entre Palestiniens de l’intérieur et Palestiniens de l’extérieur ont affaibli le poids d’Arafat. Israël, en position de force face à l’OLP, pouvait signer les accords d’Oslo. Ces « accords de dupe » profitent à Israël qui a mis sous son joug l’économie palestinienne : dominé économiquement et en situation difficile, Arafat a muselé ses opposants, et des luttes internes minent la société palestinienne.

Des conflits de classes perdurent aussi en Israël. Berthier rappelle que la création de l’État hébreu concernait avant tout les Ashkénazes. Les Juifs orientaux (sépharades) sont désormais plus nombreux. Pourtant, les Ashkénazes détiennent l’essentiel du pouvoir politique, militaire, économique et culturel. Cette appropriation suscite des tensions entre les deux communautés. L’auteur souligne l’importance de la question démographique en Israël depuis cinquante ans, chiffres officieux à l’appui, et il en analyse les enjeux. La lutte pour la terre est aussi fondamentale et quotidienne. Berthier dresse un petit historique des méthodes utilisées par les Israéliens depuis 1896 : achat, expropriation, expulsion… Mais la politique sioniste (et c’est en cela qu’elle diffère du colonialisme classique) ne vise pas seulement à exploiter la terre, elle a pour objectif de chasser les populations autochtones. Aujourd’hui, une des méthodes consiste à créer des colonies de peuplement sur des territoires convoités afin d’inciter les Palestiniens à partir. Pour comprendre l’attachement d’Israël à certains territoires, il faut savoir que l’eau représente un enjeu vital pour ce pays. La grande majorité de la consommation en eau vient des territoires annexés depuis 1948 ou de pays voisins.

Beaucoup d’autres points sont abordés dans le livre. En s’appuyant sur deux textes sionistes, Berthier traite de la politique israélienne vis-à-vis des États voisins et de ses adversaires. L’auteur se penche aussi sur les forces politiques présentes en Israël, et notamment sur la place des colons fanatiques. Il explique l’importance et les raisons du soutien politique et économique des États-Unis. À partir des travaux des nouveaux historiens israéliens, il revient sur « l’exode » soi-disant volontaire des Palestiniens ; il démonte ce mythe, fruit de la propagande israélienne.

Ce livre constitue donc un travail solide. Il traite de nombreux thèmes et apporte des éléments souvent occultés qui permettent de mieux saisir les ressorts de ce conflit. On peut regretter le côté patchwork, et il manque peut-être un fil conducteur plus explicite. Cependant, et c’est là sa force, Berthier analyse avec clairvoyance les deux camps. Il dépasse les considérations purement idéologiques pour montrer l’importance des facteurs économiques et la soif de pouvoir de certains. Car une nouvelle fois, les peuples se retrouvent dominés et exploités.

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