Réflexions sur l’Internationale communiste et la stratégie du « Front unique »

René Berthier
mardi 1er janvier 2013
par  Eric Vilain
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Extrait d’un ouvrage en cours de rédaction :

L’Internationale syndicale rouge et l’opposition syndicale au bolchevisme

La stratégie du front unique fut officiellement décidée au
3e congrès de l’IC en 1921. La crise économique, la contre-offensive
de la bourgeoisie et les échecs successifs de la révolution en Europe
centrale et occidentale commençaient à détacher le prolétariat de la
révolution russe. La puissance de la social-démocratie n’était en rien
diminuée malgré les accusations obsessionnelles de trahison portées
contre elle par les communistes russes : la classe ouvrière
européenne restait dans son écrasante majorité sous l’influence du
mouvement socialiste réformiste. De son côté, le mouvement
syndical réformiste avait vu ses effectifs grossir de manière
extraordinaire. En résumé, la quasi-totalité de la classe ouvrière
échappait à l’influence communiste.
On peut dire que le « front unique » a été pour les communistes
russes une forme de stratégie à la Lagardère : si la classe
ouvrière ne vient pas à nous, nous irons à la classe ouvrière.

Dans un premier temps les communistes russes furent à l’origine
de scissions dans les partis socialistes qui aboutirent à la constitution
de partis communistes décidés à soutenir le politique des
communistes russes. Ces partis, cependant, restaient petits,
impuissants à intervenir sur le cours des événements. Après avoir été,
de manière délibérée, à l’origine de scissions dans le mouvement
ouvrier, les communistes russes firent donc le constat que les
travailleurs n’acceptaient pas cette situation alors même que la classe
capitaliste regroupait ses efforts. Les communistes russes inventèrent
donc l’idée de « front » unique pour proposer au moins une certaine
unité d’action à la classe ouvrière, mais aussi pour pouvoir être, sur
le terrain, là où était la classe ouvrière.

Dans le vocabulaire stéréotypé du mouvement communiste, cela
s’exprimait ainsi, dans la « Notice historique » rédigée par Matias
Rakosi : « Les masses ouvrières se détournaient inconsciemment de
la politique réformiste de la IIe Internationale et de l’Internationale
syndicale d’Amsterdam » – ce qui, en langage décodé, signifie :
« L’Internationale communiste se rapproche de la IIe Internationale
parce que les masses ouvrières se détournent du communisme. »

Lorsqu’on lit encore qu’« après tant d’erreurs et de défaites, [les
masses ouvrières] étaient enfin décidées à s’engager dans la voie de
l’unification des forces du prolétariat » – formulation qui laisse
entendre que ce sont les masses qui se sont trompées, pas les
communistes – il faut entendre : « Après tant d’erreurs et de défaites,
l’Internationale communiste a enfin réalisé qu’elle avait fait des
erreurs en provoquant des scissions dans le mouvement ouvrier. »

Trotsky aura moins de scrupules sur la question des scissions. Il
écrit en 1922 :

« Ceux des membres du Parti Communiste qui déplorent la
scission au nom de l’unité des forces et de l’unité du front ouvrier
montrent par cela même qu’ils ne comprennent même pas l’a b c
du communisme et qu’ils n’appartiennent au Parti Communiste
que par suite de circonstances fortuites… »


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