Anarchisme et anarcho syndicalisme. – Rapport de Pierre Besnard au Congrès anarchiste international de 1937

lundi 31 juillet 2017
par  Eric Vilain
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Ce qui précède nous conduit normalement et logiquement à envisager le rôle des groupes anarchistes et des syndicats. Les anarcho-syndicalistes admettent parfaitement que les groupes anarcho-communistes, plus mobiles que les organisations syndicales, prospectent les masses travailleuses ; qu’ils recherchent ses adhérents et forment des militants ; qu’ils fassent une propagande active et oeuvre intense de défrichement, dans le but d’amener à eux, et conséquemment, aux syndicats anarcho-syndicalistes, à la cause de la révolution sociale, le plus grand nombre possible de travailleurs trompés et dupés, jusque-là, par tous les partis politiques, sans exception.

Anarchisme et anarcho syndicalisme Rapport de Pierre Besnard au Congrès anarchiste international de 1937

(EXTRAIT)

Le rôle des Groupes Anarchistes et des Syndicats.

Ce qui précède nous conduit normalement et logiquement à envisager le rôle des groupes anarchistes et des syndicats. Les anarcho-syndicalistes admettent parfaitement que les groupes anarcho-communistes, plus mobiles que les organisations syndicales, prospectent les masses travailleuses ; qu’ils recherchent ses adhérents et forment des militants ; qu’ils fassent une propagande active et oeuvre intense de défrichement, dans le but d’amener à eux, et conséquemment, aux syndicats anarcho-syndicalistes, à la cause de la révolution sociale, le plus grand nombre possible de travailleurs trompés et dupés, jusque-là, par tous les partis politiques, sans exception.
Cette tâche purement idéologique, cette besogne de propagande d’ordre moral sont, incontestablement, du ressort des groupes anarcho-communistes, à la condition expresse qu’elles s’identifient avec le travail des syndicats anarcho-syndicalistes, qu’elles le complètent et le renforcent, pour le plus grand bien du communisme libertaire. Mais je déclare carrément que la responsabilité de la décision, de l’action et le contrôle de celles-ci doivent appartenir actuellement aux syndicats, agents d’exécution et de réalisation des tâches révolutionnaires.

J’estime également que c’est à ces syndicats qu’il incombe de présenter toutes ces tâches, sur le plan économique, défensif et offensif. Enfin, je considère que le système économique, administratif et social doit être homogène, harmonique, et que la base de ce système, pour être réelle, solide et durable, ne peut être qu’économique. Je revendique comme un droit pour les syndicats l’accomplissement des tâches économiques révolutionnaires et post-révolutionnaires parce que l’organisation de la production est la véritable fonction des travailleurs. Par contre, il est logique que les communes. organes administratifs, leurs services techniques et sociaux aient le soin de distribuer la production ; d’interpréter les désirs des hommes sur le plan social, d’organiser la vie dans toutes ses manifestations.

Dès maintenant, les groupes anarchistes ont pour devoir de préparer ces réalisations révolutionnaires. La besogne de chacun des organismes est donc extrêmement nette, parfaitement délimitée. Elle suffira largement à accepter sur chaque plan l`activité et les efforts de tous, selon les attributions réelles de chacun. À aucun moment, j’en donne l’assurance la plus formelle, les syndicats anarcho-syndicalistes ne pourront constituer un obstacle à la marche en avant du communisme révolutionnaire. À aucun moment, non plus, ils ne pourront devenir réformistes, parce qu’ils sont et resteront révolutionnaires, fédéralistes et antiétatistes, parce qu’ils visent, en un mot, comme les groupes anarcho-communistes, à instaurer le communisme libertaire. En conclusion de cette partie de mon exposé, j’affirme :

1 ° Que le mouvement anarcho-syndicaliste ne peut dévier, en raison du contrôle permanent et sévère qui s’exerce sué les organisations et les militants ;

2° Que le mouvement anarcho-syndicaliste, épuise, sur le plan actuel, dans le domaine révolutionnaire, les moyens de réalisation du communisme libertaire. Qu’il appartient aux groupes anarcho-communistes, sur le plan exclusivement idéologique, de porter la propagande aussi loin que possible ;

3° Que le mouvement anarcho-communiste doit s’intéresser surtout aux tâches de propagande et d’éducation ; d’étude et de vulgarisation sociale ;

4° Que le meilleur contact permanent qui puisse être réalisée sera, comme en Espagne. par l’adhésion sans restriction de tous les anarcho-communistes, dans tous les pays, aux syndicats anarcho-syndicalistes, chargés de la préparation et de l’exécution de l’action, seuls capables de mener celle-ci à bonne fin, avec des effectifs et des moyens suffisants ; que la doctrine expérimentale de l’anarcho-syndicalisme. qui est celle de l’anarchisme lui-même, est assez solide et ferme pour ne pas risquer aucune atteinte, atténuation ou déviation.

5° Que l’anarcho-communisme, véritable figure du socialisme, est né de la carence totale de tous les partis politiques ; que l’anarcho-syndicalisme, forme moderne et active de ce mouvement, issu lui-même de l’anarchisme, remplit présentement toutes les tâches positives de l’anarcho-communisme et prépare les voies du communisme libertaire dont il sera le principal agent de réalisation ; que les tâches de l’anarcho-communisme – comme celles de l’anarcho-syndicalisme – s’épuiseront dans la période post-révolutionnaire quand les hommes. par leur évolution et le développement de leurs facultés de compréhension, seront capables d’accéder au communisme libre, finalité de l’anarchie.
En résumé, l’anarcho-syndicalisme est la force nécessaire de lutte, dans le régime actuel, de l’agent de réalisation économique du communisme libertaire. dans la période post-révolutionnaire. L’anarchisme aide le mouvement anarcho-syndicaliste, sans se substituer à lui. L’activité de ses militants se confond, dans les syndicats, avec celle des militants anarcho-syndicalistes. Les deux mouvements se doivent donc une aide mutuelle et permanente. Et, plus tard, dans la paix, la concorde et l’harmonie, l’anarchisme et l’anarcho-syndicalisme, confondus dans un même mouvement, poursuivront la réalisation du communisme libre, but suprême de l’anarchie.
La tâche la plus urgente de l’anarcho-syndicalisme est aujourd’hui d’organiser dans son sein les travailleurs en vue de la lutte décisive contre le capitalisme ; de préparer techniquement cette lutte, d’opérer la synthèse des forces de la production pour la construction révolutionnaire de l’ordre communiste libertaire ; et, demain, de l’organisation économique, et cela, jusqu’à l’instauration du communisme libre ; de défendre, enfin la révolution. Celle de l’anarchisme révolutionnaire consiste à aider de toutes ses forces à leur accomplissement par tous les moyens dont il dispose.

Rapports de l’anarchisme et de l’Anarcho-Syndicalisme
De toute évidence, des rapports doivent exister entre l’anarchisme et l’anarcho-syndicalisme, tant sur le plan national qu’international. L’A.I.T. a, d’ailleurs, prévu cette éventualité dès son Congrès constitutif. Ces rapports doivent être basés sur l’indépendance et l’autonomie réciproque des deux mouvements et demeurer sur le plan de la plus parfaite égalité. En dehors de la copénétration des deux mouvements, par l’action de leurs militants, il est souhaitable que dans chaque localité, chaque région, chaque pays, des contacts s’établissent entre les organisations anarchistes et anarcho-syndicalistes. Pour être féconds et durables, ces rapports devront reposer sur les bases d’une tolérance mutuelle, facilité par une identité de doctrine sur tous les plans, et une compréhension exacte des tâches qui incombent aux deux mouvements.

Ces tâches sont suffisamment définies par le présent rapport pour ne pas prêter à confusion et à chevauchement.

1° L’unité de doctrine des anarchistes dans chaque pays ;
2° L’unification, également dans chaque pays, des groupements anarchistes, sur le plan de la doctrine unique de l’anarchisme révolutionnaire.