LA GUERRE CIVILE EN YOUGOSLAVIE

Ex-Yougoslavie. Ordre mondial et fascisme local.
René Berthier
Co-édition : Monde libertaire-Atelier de création libertaire-Reflex. 1996

PRÉFACE

A l’origine de ce livre il y a le désir de ne pas se résigner à ne rien comprendre à ce qui se passe en Yougoslavie. Il y a aussi la volonté de ne pas considérer la neutralité comme une attitude allant de soi.

Ce livre est constitué de textes écrits à des périodes différentes, qui n’étaient pas destinés, à l’origine, à être rassemblés. Je ne suis en rien un spécialiste de la question des Balkans. Aussi faut-il tout d’abord considérer ce livre comme une série de notes de lectures qui auraient été remises un peu en forme. Toutes ne sont pas là, d’ailleurs, il a fallu choisir...

C’est ainsi qu’il faut comprendre les deux textes : « Mais qu’est-ce donc que la Bosnie-Herzégovine ? » et « Notes pour tenter de comprendre ce qui se passe en Bosnie-Herzégovine », qui ne sont, pour une large part, qu’un résumé d’articles parus dans le numéro de la revue Hérodote consacré à la question, articles qui se réfèrent à des enquêtes psycho-sociologiques effectuées en Yougoslavie avant la guerre. Ces enquêtes révèlent des faits sur la population yougoslave qui sont certainement plus proches de la vérité que les commentaires plus ou moins oiseux effectués, y compris au sein même du mouvement libertaire, sur les élections ayant abouti à l’indépendance des républiques de l’ex-fédération.

Note de lecture, également, le chapitre intitulé « La Rancune historique » qui est un essai de restituer de façon synthétique l’histoire des Balkans et l’accumulation des faits, depuis le début de l’occupation ottomane, auxquels les différents nationalismes se réfèrent pour justifier la séparation des peuples. Il m’a semblé intéressant d’insérer quelques informations sur l’intervention du mouvement libertaire, dont on ignore souvent qu’elle n’a pas été négligeable. Ce chapitre n’est évidemment pas destiné à justifier la rancune mais à montrer à quel point elle est absurde.

Il m’a semblé également important faire remarquer cette coïncidence, peut-être pas fortuite, entre la fin de la guerre du Golfe et le début de l’effondrement de la fédération yougoslave. C’est que cette dernière n’a pas été absente dans le conflit irako-koweïtien, en tentant des médiations qui auraient peut-être évité la guerre. Or, j’ai tenté de montrer ailleurs (1) que l’administration américaine, George Bush en tête, a tout fait pour casser toute tentative de médiation. La Yougoslavie, étant un élément moteur du mouvement des non-alignés, et par ailleurs en excellents termes avec les pays arabes, pouvait contrecarrer les projets d’hégémonie américaine au Moyen-Orient.

Le chapitre qui donne son titre au livre, « Ordre mondial et fascisme local », est le plus récent. Certaines idées peuvent avoir évolué par rapport à ce qui est dit dans des chapitres plus anciens. Je n’ai pas cru nécessaire d’« unifier » l’argumentation, et j’assume tout à fait cette évolution. Ce livre, faut-il le répéter, est un essai de compréhension du drame yougoslave, et une telle démarche implique inévitablement des tâtonnements.

Précisément, une optique libertaire de la question ne me semble pas exclure la reconnaissance que dans un conflit il puisse y avoir un agresseur et un agressé, et c’est ce que je tente de montrer ; pourtant, si je devais réécrire ces textes, je serais sans doute encore moins complaisant envers les dirigeants bosniaques : rétrospectivement, je regrette de ne pas avoir pu (faute d’informations, essentiellement) développer un travail sur la classe dirigeante bosniaque et ses contradictions internes.

Aujourd’hui plus que jamais, il me semble qu’aucune paix n’est possible dans la région tant que l’ensemble des populations n’auront pas renversé l’ensemble de leurs dirigeants respectifs.

11 août 1995


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vendredi 30 octobre 2009

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