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Internationale syndicale rouge A. Lozovsky : Les syndicats et la révolution (1922) Discours prononcé au congrès de la CGTU à Saint-Etienne, juin 1922
Article mis en ligne le 18 septembre 2011
« Les syndicats et la révolution », discours de A. Lozovsky au congrès de la CGTU à Saint-Etienne, juin 1922, au nom de l’Internationale syndicale rouge
Au congrès de Tours de la SFIO tenu en 1920 le principal débat tourne autour de l’adhésion à l’Internationale communiste. Les partisans de l’adhésion sont majoritaires et créent la section française de l’Internationale communiste. « Créer un front unique révolutionnaire, c’est former le bloc des communistes et des syndicalistes révolutionnaires. L’ISR constitue le bloc, l’union de ces deux torrents révolutionnaires du mouvement ouvrier mondial. La diversité des opinions sur toute une série de questions ne doit pas, ne peut pas empêcher l’unité d’action dans une seule Internationale. Ce n’est qu’au cimetière que règne le calme parfait et « l’unanimité » complète. Dans l’organisme ouvrier vivant et plein de force que représente l’ISR, la lutte des idées se poursuivra, l’expérience des différents pays sera mise en commun, de nouvelles questions surgiront des controverses et agiteront les masses ouvrières. Cela c’est la vie même, c’est la lutte. L’Internationale pourra sortir indemne de ces conflits d’opinion et d’idées, s’il y a un minimum d’entente au sujet des principes fondamentaux et des voies qui peuvent mener le plus directement à la révolution sociale et à l’établissement, durant la période transitoire, d’une dictature de la classe ouvrière. Ce minimum d’unité existe-t-il ? Il nous semble que oui et c’est pour nous une obligation de marcher avec les ouvriers révolutionnaires des autres pays. Ce serait un crime contre le prolétariat français et l’Internationale si vous restiez en dehors du centre mondial du mouvement syndical révolutionnaire, en dehors de l’ISR. » Intéressant : le pivot de ce passage est : « Ce n’est qu’au cimetière que règne le calme parfait et “l’unanimité” complète. » On pourrait retourner l’argument : là où règne l’unanimité complète, on a un cimetière. Or en 1922, au moment où Lozovsky intervient, cela fait un moment que la Russie est un cimetière pour le mouvement ouvrier dont toutes les expressions autres que celles du comité central du parti ont été écrasées, et elle est devenue un cimetière pour les oppositions internes au parti en mars 1921, avec le Xe congrès du parti qui a interdit les tendances. Lozovsky aborde également la question de la représentation mutuelle entre l’IC et l’ISR, « pour la coordination de la lutte contre la bourgeoisie » : « …La représentation mutuelle, si elle comporte une idée de subordination [je souligne], engage également les deux parties. On pourrait ici parler de sujétion mutuelle si l’on tenait employer cette terminologie. » Lozovsky botte en touche en insistant sur « le problème de la concentration de toutes les forces révolutionnaires » et en posant la question : « Est-il donc possible d’agir d’une façon quelconque sur le plan international – nous parlons d’action et non de résolution – sans l’Internationale communiste ? » « Comment peut-on établir une indépendance absolue lorsque la logique exige, dans l’intérêt du prolétariat et de la Révolution, une action commune, des manifestations communes ? » Lozovsky ne nie donc pas la subordination, mais il passe très rapidement dessus, pour s’engager sur le terrain de la nécessaire action commune. Il est évident pourtant qu’ayant admis le principe de la subordination, l’initiative de l’action et des décisions revient à l’Internationale communiste. Lozovsky profite d’ailleurs des circonstances pour lancer une peau de banane, demandant à quoi a servi l’indépendance réclamée par les syndicalistes révolutionnaires avant la guerre : « Si avant la guerre il a été permis de penser que la charte d’Amiens pouvait protéger l’organisation ouvrière contre la félonie et la trahison, après la guerre il est inadmissible que l’on continue à jongler avec le mot de “politicien”. Tous savent que la CGT s’est trouvée brusquement, avec le parti socialiste, enlisée dans un marécage. Il y a eu unité dans la trahison. Il est douteux que l’on puisse trouver parmi vous un homme qui préférerait les ouvriers Jouhaux et Merrheim aux intellectuels communistes Liebknecht et Rosa Luxembourg. La guerre a tellement modifié le mouvement ouvrier que ceux qui s’attacheraient encore à de vieilles formules risqueraient de faire rétrograder le mouvement pour des dizaines d’années. La guerre et la Révolution ont creusé un fossé dans le mouvement ouvrier. Deux camps se sont formés : celui des partisans de la Révolution socialiste et de la dictature du prolétariat et le camp opposé. Malheur à ceux qui se refusent à prendre position et cherchent dans des questions de pure forme à défigurer le caractère essentiel de la lutte. » Ces quelques lignes disent beaucoup de choses, qui ne satisferont sans doute pas ceux qui pensent que Lozovsky est un « syndicaliste révolutionnaire » gardant ses distances par rapport au pouvoir communiste en Russie et garant d’une certaine forme d’autonomie de l’Internationale syndicale rouge par rapport à l’Internationale communiste. La charte d’Amiens, texte fondateur du syndicalisme révolutionnaire, est clairement désignée comme un texte complètement dépassé. Les principes qu’elle représente sont même rendus responsables de l’incapacité de la CGT à empêcher la guerre : bien qu’elle proclame son indépendance par rapport aux partis, dit Lozovsky, la CGT s’est trouvée avec le parti socialiste enlisée dans la guerre. En opposant Jouhaux et Merrheim d’une part, Liebknecht et Luxembourg de l’autre, il oppose le syndicalisme révolutionnaire au communisme. C’est pourquoi, dit encore Lozovsky, il faut abandonner les « vieilles formules » (entendre évidemment la charte d’Amiens) qui « risqueraient de faire rétrograder le mouvement pour des dizaines d’années ». Lozovsky conclut son raisonnement en insistant sur le fait qu’il y a le camp de la révolution et de la dictature du prolétariat et le camp de la réaction. Il faut choisir. Ces propos, semblent suffisamment clairs : c’est soit la charte d’Amiens, soit l’Internationale syndicale rouge. Notes : [1] er[2] e |