Proudhon libéral ?

mercredi 14 octobre 2009
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PROUDHON SE PLAIGNAIT de ne pas être compris. Cela doit être le cas puisque les courants politiques les plus divers se réclament de lui, y compris la droite libérale et les royalistes. Il est vrai que par le mode d’exposition de sa pensée, Proudhon lui-même ne simplifiait pas les choses.

Emporté souvent par sa verve argumentative, il en oublie de « coller aux faits », se perd dans de longues digressions et néglige que le lecteur n’a pas besoin de tout savoir de la chaîne des idées qui l’ont conduit à sa démonstration. Voulant contester un point de vue, Proudhon consacre souvent de nombreuses pages à développer l’argument qu’il combat en se plaçant du point de vue de celui-ci, afin de le pousser jusqu’à ses extrêmes limites. Le lecteur pas
toujours attentif peut finir par croire que c’est ce que Proudhon pense réellement !

En outre, il a souvent recours à la démonstration par l’absurde, procédé dans lequel il est passé maître, utile pour montrer l’inanité d’un raisonnement auquel il s’oppose mais qui ne contribue pas à clarifier l’exposé de ses propres doctrines. Cependant, la plus grande difficulté que le lecteur d’aujourd’hui doit affronter est sans doute celle du vocabulaire. Lorsqu’il réclame une propriété « libérale, fédérative, décentralisatrice, républicaine, égalitaire, progressive, justicière » il convient de ne pas faire de contre-sens sur le mot « libérale ». Lorsqu’il parle de socialisme, c’est d’un mouvement
empreint d’« une certaine religiosité tout à fait illibérale » qu’il s’agit ; lorsqu’il parle de communisme, ce n’est absolument pas du marxisme qu’il s’agit ; lorsqu’il parle d’économie politique, il faut entendre ce terme dans le langage de l’époque, comme théorie économique de la bourgeoisie. Pour lire Proudhon, il faut donc faire l’effort d’« entrer » dans son mode de penser.

Le débat sur le « libéralisme », supposé ou réel, de Proudhon n’est pas nouveau. Pierre Leroux disait que Proudhon était un libéral déguisé en socialiste. Louis Blanc condamnait fermement les orientations libérales de Proudhon. Les partisans d’un Proudhon libéral ont quelques arguments : il emploie fréquemment le mot « libéral » dans une acception positive, mais ce n’est pas en référence au libéralisme économique que nous connaissons aujourd’hui, comme celui de l’école de Chicago, mais au libéralisme philosophique ou politique tel qu’il était entendu dans le contexte du début du XIXe siècle, lorsqu’il était un courant de pensée progressiste dans une Europe dominée par les régimes despotiques.


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