Mai-juin 1937 : Contre-révolution stalinienne en Espagne

Éric Vilain
jeudi 29 septembre 2011
par  Eric Vilain
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L’Espagne était un terrain où l’anarchisme avait maintenu de manière permanente sa présence depuis l’implantation des sections de l’AIT par les bakouniniens, pratiquement sans discontinuer jusqu’au coup d’Etat fasciste de juillet 1936. Le mouvement libertaire y était alors présent sous la forme d’une organisation de masse qui joua un rôle déterminant dans le combat contre Franco. Le mouvement ouvrier révolutionnaire avait donc 70 ans d’expérience de lutte et d’organisation. Une révolution ouvrière et paysanne répondit au coup d’Etat en prenant en main l’ensemble de l’économie, agriculture comprise, dans les zones qui n’étaient pas occupées par les fascistes, c’est-à-dire la moitié du pays.

– Au lendemain du coup d’Etat, des centaines de milliers de travailleurs descendirent dans la rue, prirent d’assaut les casernes, distribuèrent les armes, déjouant ainsi les plans des militaires fascistes et limitant leur déferlement sur l’Espagne. Après trois ans d’une guerre acharnée, ces militaires ne purent vaincre qu’avec l’appui direct de l’Allemagne de Hitler, de l’Italie de Mussolini, le sabotage de Staline et la non-ingérence des démocraties occidentales.

– Malgré cela, l’anarcho-syndicalisme espagnol parvint à organiser presque instantanément la production industrielle et agricole socialisée dans les régions où il était implanté et qui ne tombèrent pas aux mains des franquistes, essentiellement : le Levant, la Catalogne (un des principaux centres industriels avec le Nord-Ouest) et l’Aragon où, sur une population de 433 000 habitants, dans la zone républicaine, il y eut 200 000 paysans regroupés dans des collectivités agricoles.

L’Espagne de 1936 est le seul exemple historique du prolétariat réussissant, sous l’impulsion de la Confédération nationale du travail, l’organisation syndicale anarcho-syndicaliste, à s’opposer les armes à la main au fascisme et parvenant à organiser la production économique sur des bases libertaires.

C’est par des dizaines d’années d’expérience de la lutte au sein de la CNT que le prolétariat a pu être matériellement et idéologiquement prêt à faire face à cette situation. Les militants anarcho-syndicalistes espagnols n’avaient cessé de rappeler aux travailleurs et aux paysans qu’ils devaient un jour se battre pour défendre leurs intérêts et la cause du socialisme, et qu’ils devaient pour cela s’organiser dans leurs syndicats. Et lorsque, pour des raisons tactiques pas toujours justifiées, pour ne pas rompre une « unité antifasciste » que les autres composantes de la République bafouaient sans vergogne, la direction du mouvement libertaire tenta de freiner la collectivisation de l’économie que la classe ouvrière et la paysannerie mettaient en place, celles-ci surent résister à ces injonctions.

C’est pendant des décennies le mouvement libertaire avait expliqué qu’il faudrait prendre en mains, immédiatement, l’ensemble de la production ; qu’il fallait se préparer à cette éventualité et que l’organisation la mieux adaptée à cette tâche était l’organisation syndicale, puisque sa structure même épousait la structure de l’économie.


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