Crise syndicale aux NMPP

mercredi 6 mai 2009
par  René Berthier
popularité : 6%

Les textes présentés dans cette rubrique sont des articles, des interviews qui ont été, pour l’essentiel, publiés dans Cantonade, le bulletin du Syndicat des correcteurs CGT. Ils constituent une « photographie » de la crise syndicale que traversa la CGT du Livre aux NMPP, à travers des écrits de circonstance, mais qui, rassemblés, peuvent présenter une certaine cohérence. Ces textes à caractère syndical ont été rédigés dans la chaleur de l’action et manquent sans doute de la distance nécessaire.

La crise syndicale aux NMPP

Introduction

Le Comité intersyndical du Livre parisien est (était) une structure de coordination des syndicats de la CGT du Livre à Paris et dans la Région parisienne. Il ne s’agit en aucun cas d’un organisme regroupant des syndicats d’autres confédérations. Le terme « intersyndical » se justifie par le fait que le Livre parisien était constitué en partie de syndicats de métier (Syndicat des correcteurs, Chambre syndicale typographique parisienne) et d’un syndicat « généraliste » (Syndicat général du Livre et de la communication écrite) n’ayant qu’en apparence la forme d’un syndicat d’industrie et composé de catégories professionnelles (imprimeurs rotativistes, photograveurs, ouvriers de la distribution, etc.).

Depuis 1993, et surtout depuis 1997, le Livre parisien est confronté à une grave crise interne qui oppose deux visions antagoniques en matière de stratégie syndicale, de mode d’organisation. Cette crise atteindra un maximm d’intensité au sein des NMPP [1].

En juillet 1998, la direction des NMPP annonce un plan social dans l’entreprise. La chose n’avait rien pour surprendre car on sait que l’entreprise va mal depuis longtemps.

Malgré la période défavorable — les mauvais coups sont souvent annoncés en été alors que de nombreux travailleurs sont en vacances — l’action résolue du Comité inter permet d’empêcher que les choses aillent plus loin. Il est hors de question d’accepter un plan social s’il n’y a pas en même temps un plan industriel, un plan pour moderniser une entreprise dont les structures, l’organisation sont à revoir.

Dès lors, un clivage apparaît qui va avoir des conséquences dramatiques sur la suite des événements :

• Il y a ceux qui reconnaissent le caractère inévitable d’une réorganisation en profondeur de l’entreprise, qui ont des propositions constructives à faire, et qui veulent négocier les conditions dans lesquelles se feront les mutations ;

• Il y a ceux qui pensent qu’il faut tout garder en l’état.

Il aurait été facile de dire : « Non au plan social, pas de licenciements », point final. Dans le contexte qui était celui des NMPP, ce n’était pas réaliste.

Pendant des années, les élus de PDP [2] se sont préparés à l’éventualité d’une négociation difficile pour préserver l’entreprise et le système coopératif de distribution. Ils ont abordé le problème sans démagogie, sans fausses promesses. Ils ont travaillé à l’élaboration d’un plan industriel.

On en était arrivé à cette situation peu commune où les représentants des travailleurs en viennent à exiger la modernisation, avec la mise en place d’une mécanisation du travail performante, dans une entreprise où le travail se fait encore en grande partie à la main. Attitude suicidaire, sachant que les machines suppriment des emplois ? Pas du tout. Les ouvriers de PDP savaient bien que maintenir des structures de travail dépassées était la pire des solutions. Ils ne craignaient pas de s’adapter à leur temps car c’était la seule solution pour maintenir une entreprise qui fonctionne.

Leur travail d’élaboration en vue de trouver une solution industrielle a conduit à la signature d’un accord en juillet 2002. Certes, il y avait des pertes d’emplois, mais l’objectif était dans un premier temps de limiter la casse le plus possible, de garder intacte l’organisation syndicale dans l’entreprise et de préparer l’avenir dans une entreprise qui fonctionne.

La signature de cet accord a été très mal perçue par les représentants syndicaux des autres secteurs des NMPP, qu’il s’agisse de certains représentants de la CGT ou des autres centrales syndicales [3].

Malheureusement, en dehors du Niveau II [4], la position des élus CGT avait longtemps été le refus d’envisager une négociation sur le terrain technique. Ces camarades ont perdu beaucoup de temps à ne pas vouloir envisager l’avenir. Ce n’est qu’en novembre 2002 qu’on a pu lire un tract émanant de ces camarades disant : « Il est opportun d’ouvrir de véritables négociations aux NMPP »... Quatre années avaient été perdues.

Pour les élus de PDP, il s’agissait d’empêcher la liquidation à terme de l’entreprise, de mettre en place une structure ayant une cohésion industrielle et de maintenir une présence CGT aux NMPP.

On a raison de parler de division syndicale. Mais cette division doit être clairement désignée. Il ne s’agit en aucune manière d’une division politique ou idéologique susceptible de conduire à une scission, mais d’une division fondée sur des analyses radicalement différentes d’une situation complexe. Notre direction fédérale, avec raison, a lancé à plusieurs reprises des appels à l’unité. Les composantes de la CGT dans les NMPP doivent s’unir. La question est de savoir sur quoi s’unir. L’unité n’est possible que lorsqu’il y a des analyses convergentes d’une situation donnée et des propositions convergentes d’objectifs. Or, c’est précicsément là que si situait la difficulté : il y avait des divergences trop importantes pour qu’elles puissent trouver une solution [5].

* * * * * *

Le bulletin du Syndicat des correcteurs CGT s’est fait l’écho de ce conflit syndical, en particulier dans les numéros suivants de son bulletin, Cantonade :

n° 194 Printemps 2000

n° 195 Septembre 2000

n° 199 Été 2001

n° 203 Été 2003


[1Pour plus de détails sur cette crise interne, voir René Berthier, La crise syndicale du Livre parisien CGT (1993-2007).

[2Paris Diffusion Presse, une des sociétés composant la galaxie NMPP. Les Nouvelles messageries de la presse parisienne, constituées à la Libération, étaient chargées de la diffusion de la presse au niveau national. Cette entreprise est constituée de nombreuses sociétés dont l’organigramme est extrêmement complexe. PDP était chargée de la distribution des publications à Paris, ce qui correspond au « Niveau II » dans l’organigramme des NMPP.

[3Les ouvriers de PDP, syndiqués aux SGLCE, s’étaient ralliés au Comité inter, s’opposant s’opposant ainsi à la direction de leur propre syndicat, le SGLCE.

[4Voir note 2.

[5Les divergences syndicales sur la stratégie à mener aux NMPP n’ont toujours pas été réglées (2009). Aujourd’hui, l’entreprise PDP a disparu.


Documents joints

PDF - 161 ko
PDF - 161 ko
PDF - 127.4 ko
PDF - 127.4 ko
PDF - 150.7 ko
PDF - 150.7 ko
PDF - 163.9 ko
PDF - 163.9 ko
PDF - 166.1 ko
PDF - 166.1 ko
PDF - 135.3 ko
PDF - 135.3 ko
PDF - 136.9 ko
PDF - 136.9 ko
PDF - 138 ko
PDF - 138 ko
PDF - 170.6 ko
PDF - 170.6 ko
PDF - 91.1 ko
PDF - 91.1 ko
PDF - 142.4 ko
PDF - 142.4 ko
PDF - 113.5 ko
PDF - 113.5 ko
PDF - 118 ko
PDF - 118 ko
PDF - 87.5 ko
PDF - 87.5 ko
PDF - 142.1 ko
PDF - 142.1 ko
PDF - 120.9 ko
PDF - 120.9 ko
PDF - 3.6 Mo
PDF - 3.6 Mo
PDF - 141.3 ko
PDF - 141.3 ko
PDF - 165.5 ko
PDF - 165.5 ko
PDF - 163.5 ko
PDF - 163.5 ko
PDF - 77.4 ko
PDF - 77.4 ko
PDF - 146.2 ko
PDF - 146.2 ko
PDF - 62 ko
PDF - 62 ko