– Sur le parti bolchevik

samedi 22 janvier 2011
par  Eric Vilain
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Extrait de Octobre 1917, le Thermidor de la révolution russe, René Berthier, Editions CNT–Région parisienne. 2003.

Il est convenu que les gagnants modèlent l’histoire à leur convenance. C’est particulièrement vrai pour la révolution russe. L’histoire revue et corrigée par les successeurs de Lénine occulte complètement les autres forces politiques et le rôle du prolétariat et de la paysannerie dans leur action spontanée contre le pouvoir.

Le rôle qu’a pu jouer le parti bolchevik ne peut se comprendre que si on se réfère aux conditions particulières de la société russe sous le tsarisme. Ces conditions rendaient nécessaires le surgissement d’un certain type d’organisation révolutionnaire. La lutte économique des travailleurs pour de meilleures conditions de vie se heurtait à une farouche répression. Toute revendication était impossible. Les ouvriers se trouvaient devant l’alternative suivante : se résigner ou lutter contre le tsarisme, c’est-à-dire devenir révolutionnaires. La dure réalité des voyages en Sibérie rendait le réformisme difficile.

Il ne faut cependant pas surestimer le rôle de ce contexte dans la formation d’un appareil clandestin, hiérarchisé et centralisé du type bolchevik. Les anarchistes espagnols ont vécu des conditions de clandestinité non moins difficiles que les révolutionnaires russes – avant l’arrivée du Front populaire en Espagne, 30 000 militants libertaires étaient en prison – et n’ont pas développé d’idéologie avant-gardiste et hiérarchisée. Une telle idéologie est à mettre bien plus sur le compte de la nature de classe de la direction bolchevik et de son projet que des conditions dites « objectives ». Le parti bolchevik n’était qu’une des alternatives possibles. Sa direction était composée essentiellement d’intellectuels d’origine petite-bourgeoise. La femme de Lénine, Kroupskaïa, indique qu’il n’y avait presque pas d’ouvrier dans les comités bolcheviks et au congrès. Elle écrit : « Le membre du comité était d’ordinaire un homme plein d’assurance, il voyait l’énorme influence que l’activité du comité avait sur les masses, en général le comitard n’acceptait aucune démocratie à l’intérieur du parti . »


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