Sur le « féminisme islamique » (2008)

René Berthier
jeudi 11 octobre 2012
par  Eric Vilain
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La première manifestation du féminisme musulman sur la scène internationale eut lieu en octobre 2005 à Barcelone, lorsque se tint le premier congrès international du féminisme islamique avec le soutien… de la Ligue des droits de l’homme. La déclaration d’une participante : « Je suis croyante avant d’être féministe » donne le ton. La présence de l’épouse d’un théologien qui approuve que les maris battent leurs femmes aussi. Dernière touche pour compléter le tableau, une Qatarie, ex-productrice d’une émission pour les femmes à Al Jazira, se félicita que son pays n’ait jamais ratifié la Convention de l’ONU pour l’abolition des discriminations envers les femmes .

Cependant, peut-être faut-il aller au-delà des attitudes idiotes de quelques femmes issues de la bourgeoisie pour s’attacher aux positions de celles qui militent sur le terrain, souvent en prenant de gros risques. En somme, ne pas avoir une vision sectaire. L’objectif de ces féministes est clairement de lutter contre les codes de la famille machistes et contre l’ensemble des pratiques discriminatoires dont les femmes sont victimes dans les pays musulmans ; il est aussi de construire une collaboration entre les femmes musulmanes et le mouvement féministe global.

Le féminisme islamique se revendique clairement comme un féminisme religieux, et c’est à partir du critère religieux que les femmes vont revendiquer leurs droits. Croyantes avant d’être féministes, c’est plus en tant que croyantes qu’elles revendiquent qu’en tant que femmes. On en revient donc à la question : s’il apparaissait de manière incontestable que la religion est une forme d’oppression, et en particulier une forme d’oppression de la femme, cesseraient-elles leur lutte ? C’est bien entendu une question parfaitement académique car là n’est pas le problème. Le problème est que certaines couches de la population féminine des pays musulmans réclament des droits, qu’elles ont besoin pour ça d’une idéologie légitimante pour soutenir leur lutte, et que l’islam est tout ce qu’elles ont sous la main. Elles vont donc utiliser la pensée de leur présumé prophète dans le sens de leur intérêt, de la même manière que les hommes des sociétés ultra-patriarcales du temps de Mohammed l’ont fait dans leur sens à eux. Il est en tout cas impossible de répondre à la question : s’agit-il d’un féminisme qui s’inscrit totalement dans un cadre religieux, ou d’un féminisme qui a besoin d’un cadre idéologique, en la circonstance, religieux, pour soutenir son action ?

L’une de leurs revendications est précisément l’accès à l’interprétation des textes. Elles ne demandent pas seulement « l’accès à la mosquée comme un droit pour les femmes musulmanes » (sic) mais aussi celui de réinterpréter les textes sacrés – « sans d’ailleurs présumer des résultats », précise Monique Crinon. Malheureusement, « quasiment aucune » musulmane n’est reconnue comme une « savante » dont les avis sont « considérés comme valides par les autorités religieuses » – et il est fort à parier que la situation n’est pas près de changer. Les femmes musulmanes sont donc invitées à se « réapproprier » (approprier serait plus juste) les textes pour les réinterpréter dans un sens progressiste.


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