L’anarcho-syndicalisme

vendredi 19 décembre 2008
par  René Berthier
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Le texte qui suit est celui d’une brochure de 64 pages publiée en 1976 par l’Alliance syndicaliste.

[|INTRODUCTION|]

Né d’un conflit de tendance au sein de la 1re Internationale, majoritaire dans de nombreux pays au début du siècle, l’anarcho-syndicalisme rejaillit des profondeurs de la classe ouvrière des travailleurs salariés lorsqu’une partie de ces travailleurs tentèrent de prendre en main leur destinée.

En mai 68 certains parlèrent d’une résurgence de ce mouvement, puisque dans les faits les travailleurs réaffirmaient ces postulats.
La classe ouvrière et ses organisations syndicales sont dominées par les fractions politiques social-démocrates qui ont introduit dans le mouvement ouvrier l’idéologie et la pratique réformistes : électoralisme, action parlementaire, passage pacifique au « socialisme », voire même collaboration de classe.

Le prolétariat organisé se trouve ainsi soumis à des intérêts étrangers au sien.

Face à cela, l’extrême gauche léniniste s’efforce d’être une alternative crédible.

Hypnotisés par les schémas de la révolution russe, ils appliquent à la société industrielle développée la même démarche que les bolcheviks appliquaient à la Russie sous-développée dominée par l’impérialisme, et où le prolétariat, embryonnaire, était sans tradition d’organisation permanente.

Les néo-bolcheviks d’aujourd’hui se trompent tout simplement de révolution, et cela de plusieurs points de vue :

– Du point de vue de leur théorie, qui offre ce paradoxe de se prétendre la théorie d’une classe (le prolétariat) mais élaborée par des individus d’une autre classe, les intellectuels bourgeois.

– Du point de vue de l’organisation, qui se prétend l’organisation d’une classe, mais dirigée par des individus d’une autre classe.

– Du point de vue de la stratégie politique qui prétend aboutir à la destruction du capitalisme mais qui mène en fait la révolution à la forme la plus poussée, la plus concentrée du capitalisme : le capitalisme d’Etat.

C’est la théorie de classe de l’intelligentsia petite-bourgeoise radicalisée, sans possibilité d’accéder à la propriété et au pouvoir dans le cadre d’une société dominée par le capitalisme monopoliste – national ou étranger – et qui ne voit de perspective que dans le capitalisme d’Etat et dans la propriété oligarchique des moyens de production.

Pour que le prolétariat organise puisse mener une action de classe réelle, il nous semble donc important pour nous, anarcho-syndicalistes, de diffuser l’histoire et les tentatives d’organisation du mouvement ouvrier, et la théorie de la classe du prolétariat qui s’est dégagée de ces expériences, théorie qui a donné naissance à notre programme : Séparatisme ouvrier, abolition du salariat, suppression de la propriété des moyens de production, abolition du marché.

L’organisation des anarcho-syndicalistes demeure un problème important a l’heure actuelle.

Aujourd’hui, les conditions ne permettent pas de créer une confédération anarcho-syndicaliste. Les camarades qui tentent de créer de toutes pièces une confédération anarcho-syndicaliste sur le modèle de la CNT espagnole prennent le problème par le mauvais bout. En outre, ils vont à rebours de tous les enseignements du mouvement ouvrier français et tentent, comme les léninistes avec la Russie, d’appliquer en France un processus historique propre à l’Espagne : la CNT espagnole s’est constituée au cours de 70 ans de combat sur la lancée de la section espagnole de l’AIT, sur un terrain qui était politiquement vierge avant elle. Les conditions sont toutes autres aujourd’hui en France.

Une partie importante du prolétariat est organisée aujourd’hui dans les syndicats réformistes. Ces syndicats continuent d’avoir la confiance d’une masse importante de travailleurs, et l’influence du mouvement syndical dépasse largement le cadre strict de ses adhérents. En outre, la situation n’est pas encore telle qu’il soit impossible d’impulser une dynamique révolutionnaire dans les syndicats.

La position stratégique fondamentale du syndicat pour tous les groupes politiques qui sont ou aspirent à sa direction interdit d’abandonner un terrain de lutte aussi important aux adversaires politiques de l’anarcho-syndicalisme.

Mais nous ne faisons pas de fétichisme syndical et nous n’attribuons pas de vertus magiques aux syndicats. Ils seront peut-être dépassés par des organisations des travailleurs qui énonceront clairement le programme ouvrier et s’efforceront de le mettre en pratique.
Actuellement nous pensons qu’il faut être là où les travailleurs sont organisés.

Mais il est illusoire de croire que nous pouvons chacun dans notre coin, qui dans son syndicat, qui dans son union locale, travailler à la démocratisation et parsemer nos confédérations et quelques structures « parfaites ». C’est compter sans l’essoufflement pour manque de contrôle, l’épuisement par manque de progression théorique, la dislocation ou la récupération par les manœuvres des bureaucraties.
Il est donc important pour nous, anarcho-syndicalistes, de se doter d’une organisation. Cet outil permettra à une partie des travailleurs qui formule les revendications fondamentales du mouvement ouvrier de se donner les moyens du développement d’une prise de conscience plus large des travailleurs.

La nécessité d’une organisation apparaît pour pouvoir faire une propagande efficace, pouvoir se déterminer face aux mouvements organisés qui orientent le syndicalisme actuel, développer la démocratie ouvrière. Et ce n’est qu’avec la confrontation quotidienne entre théorie et pratique que nous pouvons définir notre action :

– Connaissance solide du mouvement ouvrier, du mouvement syndical (nécessité d’y militer) et du mouvement anarcho-syndicaliste ;
– Analyse des conceptions avant-gardistes ;
– Analyse des bureaucraties syndicales, etc. ;
– Définition du mouvement anarcho-syndicaliste ;

Ces conditions rendent possible la création d’un contre-pouvoir ouvrier capable de convaincre nos camarades travailleurs et de permettre l’émancipation de la classe ouvrière.

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