Sur le centralisme démocratique

Yvon Bourdet, Editions Anthropos, 1970
mercredi 24 décembre 2008
par  René Berthier
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Dans sa célèbre brochure Que faire ?, Lénine a tenté de discréditer
la thèse marxienne de la « spontanéité ouvrière ». Au cours du
précédent chapitre, nous avons examiné ces critiques d’une façon
peut-être un peu trop détaillée et qui pourrait sembler, à première vue, une simple critique de textes.

En réalité, il ne s’agit pas du tout d’un débat académique, mais, au contraire d’options fondamentales qui ont façonné, directement ou indirectement, le mouvement ouvrier mondial et donné au marxisme un visage historique particulier qui ressemble, sans doute, davantage à Lénine qu’à Marx. Après avoir montré le caractère inadéquat et contradictoire des critiques de Lénine, il convient de dégager la théorie qui sous-tend ses critiques et de faire voir comment, dans la pratique, il a réussi ou échoué et si la « réussite » finale elle-même n’est pas pire qu’un échec.

Comme on le sait, par ses propres forces, la classe ouvrière était
incapable, selon Lénine, de renverser le capitalisme. Elle devait
remettre son sort à une organisation spécialisée et militairement
centralisée de « révolutionnaires. professionnels ». Cependant, Lénine
ne pouvait adopter telles quelles les thèses du blanquisme trop
expressément rejetées par Marx et par Engels. C’est pourquoi, après
bien des tâtonnements, il adopta une formule audacieuse et qui devait
faire fortune, celle du « centralisme démocratique » qu’on pouvait
prendre pour le « dépassement dialectique » du spontanéisme et du
blanquisme. La « centralisation » structurait un prolétariat, par nature
amorphe, et comme, d’autre part, cette centralisation était
« démocratique » on évitait la coupure entre la base et le sommet.
Ensuite la formule du « centralisme démocratique » a été transmise et
répétée avec respect comme si son évidence verbale pouvait
magiquement agir sur les groupes humains.

Il convient donc de l’examiner maintenant en tant que phénomène sociologique, c’est-à-dire d’étudier la pratique politique qui prétend la réaliser.


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