Le nouveau laïcisme dans le monde arabe

Ghassan F. Abdullah
lundi 11 décembre 2017
par  Eric Vilain
popularité : 19%

Présentation

Extrait de Arabs Without God, Brian Whitaker :

« La langue arabe n’a pas d’équivalent exact du mot anglais “athée”. Alors que “athée” est dérivé du grec ancien (“a” privatif, “theos” signifiant “dieu”) et se réfère clairement à la non-croyance en Dieu ou en des dieux, les termes arabes habituellement utilisés aujourd’hui – “mulhid” pour athée et “ilhad” pour l’athéisme – ont des connotations plus larges de croyance déviante. “Mulhid” inclut certainement les athées mais a également été appliqué à d’autres types de dissidents tels que les apostats et les hérétiques. Cela provoque certaines difficultés lorsqu’on considère l’histoire de l’athéisme arabe, mais cela suggère également que les critiques arabes de la religion dans le passé ne concernaient pas simplement la croyance ou la non-croyance en Dieu.
(…)
« Dans un article sur “La nouvelle laïcité dans le monde arabe”, publié en 1999, Ghassan Abdullah étudia le travail d’une vingtaine de penseurs “laïques”. De manière significative, cependant, aucun d’eux n’était décrit dans l’article comme athée. Interrogé à ce sujet, Abdullah répondit qu’il pensait qu’une grande partie d’entre eux étaient en fait athées, ou du moins ne souscrivaient pas à l’idée de Dieu dans le ciel. Il ajouta que plusieurs d’entre eux l’avaient dit en privé. “Écrire de manière critique sur la religion dans le monde arabe n’est pas facile, ni sûr”, a-t-il poursuivi, mais “en tant que lecteurs d’auteurs rationalistes en arabe, nous développons une idée de ce que de tels écrivains veulent dire quand ils utilisent certaines façons d’exprimer leurs pensées, et nous pouvons deviner les positions qu’ils ne peuvent pas exprimer ouvertement. »

Ces lignes tirées d’un livre de Brian Whitaker, Arabs Without God [1] constituent une bonne introduction à l’article de Ghassan F. Abdullah.
J’ajouterai que dans un échange de mails que j’ai eu avec ce dernier, lors duquel je lui faisais part de la difficulté d’exprimer une approche critique sur l’islam en tant que religion sous peine de se faire traîter de « raciste », il me répondit qu’il ne partageait pas mon point de vue : « Je vois de plus en plus de musulmans qui deviennent de plus en plus critiques, du moins dans le monde arabe. Cheikh el Azhar se plaint qu’il y a deux millions d’athées en Egypte. Et le grand mufti saoudien dit qu’il y a 600.000 athées en Arabie Saoudite. En outre, nous trouvons maintenant beaucoup de sites Web par des musulmans critiques, qui profitent de l’Internet et des médias sociaux. En outre, je continue de rencontrer des gens dont vous ne soupçonneriez pas qu’ils ne sont pas croyants, mais qui se révèlent tels dès que vous abordez le sujet. »
Ghassan Abdullah ajouta : « J’aurais aimé mettre à jour l’article avec les nouvelles publications critiques publiées depuis 1999, quand l’article a été publié, et je pourrais le faire en temps utile. »
J’ai souligné « du moins dans le monde arabe » parce que cette incise, qui passerait presque inaperçue, pourrait laisser entendre qu’en France (et peut-être dans les pays occidentaux) les personnes de culture musulmane auraient tendance à s’accrocher à la religion tandis que dans le « monde arabe » apparaît une tendance (timide mais réelle) à s’en dégager. C’est une question qui mériterait d’être approfondie.

R.B.



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