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Gaston Leval : Socialistes libertaires ! Pourquoi ?
Le texte a été publié dans un des cahiers de CONTRE-COURANT de novembre 1956.
Article mis en ligne le 12 avril 2019

par Eric Vilain

On ne crée pas un mouvement social ayant quelque chance dʼexercer une influence positive sur lʼévolution de la société avec une seule négation. Au fond, Bakounine, qui quoi quʼen aient dit et en disent encore tant de calomniateurs et dʼirresponsables, fut le plus équilibré de nos penseurs, délimitait très bien les choses, quand il sʼappelait anarchiste pour lʼœuvre de destruction, et socialiste pour lʼœuvre de construction qui devait venir ensuite. Mais jamais il ne lui est venu à lʼidée de ne recommander que la destruction. Il écrivait, au contraire, que cʼétait seulement dans la mesure où nous serions capables de reconstruire que nous aurions le droit, et la possibilité de détruire.

Lʼunion sur une négation ne suffit donc pas. Une négation nʼest pas une théorie sociale, une doctrine sociale, un but humain, un programme, une idée. Dire « anarchie », non archie, non gouvernement, non Etat nʼest pas dire : « organisation de la société de telle ou telle manière » si nous voyons dans la société, surtout dans la société moderne, un ensemble immense et complexe dʼactivités de toutes sortes qui doivent sʼharmoniser, se coordonner sous peine de sʼinterrompre, qui sont subordonnées les unes aux autres, et qui exigent autre chose que des déclarations de principes qui embrassent tout, mais ne résolvent rien.