Bakounine, l’État et l’Église

Paru dans la revue Réfractions, automne 2001
vendredi 20 août 2010
par  Eric Vilain
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L’approche de la genèse de l’État chez Bakounine diffère de celle de Marx, sans qu’on puisse dire qu’elle s’y oppose. Bakounine suggère que l’État est le résultat de l’appropriation du pouvoir par un groupe déjà constitué et organisé. C’est que le pouvoir est la condition de l’existence d’une société d’exploitation.

L’acte originel de la formation de l’État est la violence. Les premiers États historiques ont été constitués par la conquête de populations agricoles par des populations nomades :

« Les conquérants ont été de tout temps les fondateurs des États, et aussi les fondateurs des Églises. »

L’État est « l’organisation juridique temporelle de tous les faits et de tous les rapports sociaux qui découlent naturellement de ce fait primitif et inique, les conquêtes » qui ont toujours « pour but principal l’exploitation organisée du travail collectif des masses asservies au profit des minorités conquérantes ».

La violence est donc l’acte constitutif de la domination de classe, l’exploitation le mobile . Si, chez Marx, on arrive à l’État par l’apparition des classes sociales et par le développement de leur antagonisme, pour Bakounine, les classes ne peuvent se constituer à l’origine autrement que par un acte de violence ou de conquête qui coïncide avec la formation de l’État : « Les classes ne sont possibles que dans l’État ».

En considérant les deux points de vue avec un tant soit peu de recul on constate :

– que Marx affirme la prééminence des déterminations économiques tout en reconnaissant l’importance du politique (la violence) et en lui attribuant le caractère de fait économique. Ainsi, dans le Capital, en analysant les différentes méthodes d’accumulation primitive, Marx constate que « quelques-unes de ces méthodes reposent sur l’emploi de la force brutale, mais toutes sans exception exploitent le pouvoir de l’État, la force organisée et concentrée de la société ». Et pour ne pas avoir l’air d’abandonner le principe de la primauté du fait économique, il ajoute : « La force est l’accoucheuse de toute vieille société en travail. La force est un agent économique. »

– tandis que Bakounine, au contraire, affirme la prééminence du politique en lui attribuant des motifs économiques : l’exploitation du travail des masses. « Qu’est-ce que la richesse et le pouvoir sinon deux aspects inséparables de l’exploitation du labeur du peuple et de sa force organisée ? », dit encore Bakounine.

On pourrait penser que la problématique se réduit à celle de la bouteille à moitié pleine ou à moitié vide.


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