Financement des retraites : l’enjeu des cotisations patronales

vendredi 15 octobre 2010
par  Eric Vilain
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[|Financement des retraites :
l’enjeu des cotisations patronales

Bernard Friot

Bernard Friot, professeur de sociologie à l’Université Paris X Nanterre.

Il est l’auteur de

Puissances du salariat (1998)
et de
Et la cotisation sociale créera l’emploi (1999,)

aux éditions La Dispute

Il vient également de publier

L’Enjeu des retraites, aux éditions
La Dispute (12 euros).

Nous reproduisons ici un texte de Bernard Friot datant de mai 2003.

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Le volet financier du dossier « retraites » est vite présenté : il est plus facile de consacrer aujourd’hui aux retraites 12 % d’un PIB de 1500 milliards d’euros qu’il ne l’était il y a quarante ans d’y consacrer 5 % d’un PIB de 750 milliards, et il sera plus facile encore dans quarante ans de dépenser pour les retraites 20 % d’un PIB qui sera alors de 3000 milliards. De quarante ans en quarante ans, le doublement du PIB en monnaie constante permet de consacrer de trois à cinq fois plus aux retraites tout en quasi-doublant la richesse affectée aux actifs ou à l’investissement.

Cela, la classe dirigeante le sait parfaitement. Pourquoi alors son acharnement à « sauver » une institution en parfaite santé ? C’est que c’est cette santé qui l’affole. Hier, le salaire était fait de 85 % de salaire direct et de 15 % de cotisation sociale, et ça ne prêtait pas à conséquence. Aujourd’hui, nous sommes à 60/40 : c’est déjà peu tolérable que 40 % du salaire nous paie à ne rien faire, c’est-à-dire à travailler librement, à produire de la richesse et non pas à mettre en valeur du capital. Demain, continuer à financer les retraites par cotisations sociales supposera que plus de la moitié du salaire finance non pas le travail subordonné mais le travail libre. Alors notre destin de force de travail subordonnée à la loi de la valeur pourra être déjoué, d’autant que – seconde dimension subversive du financement de la retraite par cotisation sociale – financer les retraites sans épargne financière montre le caractère parasitaire de celle-ci … et donc qu’il est possible aussi de financer l’investissement productif (220 milliards d’euros aujourd’hui, à peine plus que les 180 milliards des retraites) sans accumulation financière. Là, c’est le droit de propriété lucrative qui est en jeu, et avec lui le fondement même du capitalisme. On le voit, c’est une bataille politique majeure qu’engage la classe dirigeante contre le financement de la retraite par la hausse des cotisations sociales patronales, et elle est prête, cette fois encore, à ce que saute le fusible Raffarin plutôt qu’à renoncer à engager une bataille où elle joue, à long terme, sa survie.


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