Propositions pour une charte du mouvement social européen

Jacky Toublet
mardi 16 décembre 2008
par  René Berthier
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Pour que le mouvement social qui s’est affirmé, partout en Europe, au cours des dernières années et, encore tout récemment, à Seattle, puisse se perpétuer et même s’amplifier, il importe de rassembler, d’abord à l’échelle européenne, les collectifs concernés, les associations de chômeurs, de sans-papiers, de sans-abri, les coordinations, collectifs femmes, réseaux, syndicats, O.N.G. de lutte, etc., dans un réseau dont la forme est à inventer, qui soit capable de cumuler les forces, de coordonner les objectifs et d’élaborer des projets communs. Ces mouvements, malgré toutes leurs différences, voire leurs différends, ont en commun, entre autres choses, de prendre la défense de tous les laissés-pour-compte de la politique néo-libérale et, du même coup, de mettre en lumière les problèmes laissés pour compte par cette politique. Ces problèmes sont volontairement ignorés ou refoulés par les partis sociaux-démocrates dominant en Europe qui, soucieux avant tout de gérer l’ordre économique établi de manière à conserver la gestion de l’Etat, s’accommodent des inégalités croissantes, du chômage, de la précarité et de l’exclusion. Il importe qu’un véritable contre-pouvoir critique soit capable de remettre en permanence à l’ordre du jour, à la une de l’actualité, à travers de nouvelles formes d’action à forte charge symbolique, comme à Seattle, les aspirations profondes des citoyens.

Ce contre-pouvoir devant affronter les forces internationales du capitalisme (entreprises multinationales et des organisations telles que l’O.M.C. ou l’O.C.D.E.) et les institutions politiques à travers lesquelles elles font avancer leurs intérêts, ce contre-pouvoir doit être international et, pour commencer, européen. S’opposant à des forces orientées vers la conservation et la restauration du passé, notamment à travers le démantèlement de tous les vestiges de l’Etat social, il doit être une force de mouvement qui, à l’exemple des mouvements sociaux du XIXe, siècle ont imposé peu à peu les conquêtes sociales, pourrait et devrait contraindre les Etats, leurs gouvernements et l’ensemble des décideurs économiques à mettre en œuvre des mesures efficaces donc radicales pour contrôler les marchés financiers et les entreprises multinationales, pour imposer la redistribution des richesses. Dans la perspective d’une autre société, solidaire, écologique, égalitaire, non soumise à la merchandisation des activités humaines.

C’est pourquoi nous proposons que soient tenues, durant le second semestre de la présente année, des assises du mouvement social européen qui auraient pour perspective d’élaborer une charte, appelée Charte 20, rassemblant toutes les formes organisationnelles et intellectuelles de résistance à la politique néo-libérale, et cela dans la plus grande indépendance à l’égard des partis et des gouvernements et, tout spécialement, des partis de gouvernement. Ces assises devraient donner lieu à la discussion, à la conception et à la rédaction, premièrement, d’un ensemble de principes organisationnels propres à favoriser la mobilisation rapide en vue d’actions communes ou concertées de tous les collectifs réunis (sans introduire aucune forme de contrainte centralisatrice et sans rien perdre de la formidable richesse liée à la diversité des inspirations et des traditions) ; deuxièmement, à l’élaboration d’objectifs communs pour des actions concertées à l’échelle nationale et internationale qui soient capables, d’une part, de contrecarrer les processus économiques et sociaux actuellement en cours (flexibilisation, précarisation, paupérisation, etc.) et de combattre les mesures de plus en plus étroitement « sécuritaires » par lesquelles les gouvernements européens visent à en neutraliser les effets, et, d’autre part, d’imposer la construction, en Europe, d’une société solidaire, avec des mesures tendant à élever les normes sociales en les unifiant par le haut.

Le rassemblement de tous ceux qui tirent de leur combat quotidien contre les effets de la politique néo-libérale une connaissance pratique des virtualités subversives qu’ils enferment et des ripostes créatrices qu’ils appellent pourrait ainsi déclencher un processus de création collective capable d’offrir à tous ceux qui ne se reconnaissent plus dans le monde tel qu’il est l’utopie réaliste que les appareils de parti sont incapables de leur offrir et autour de laquelle des efforts et des combats différents, mais convergents, pourraient s’organiser.