Kronstadt 1921 : Prolétariat contre dictature communiste

Alexandre SKIRDA. – Éditions de Paris-Max Chaleil
jeudi 7 mars 2013
par  Eric Vilain
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Kronstadt 1921 : Prolétariat contre dictature communiste

Alexandre Skirda, Éditions de Paris-Max Chaleil

18 mars 1871 : Thiers massacre les communards parisiens.
18 mars 1921 : Lénine liquide les marins de Kronstadt.
Comment sont-ils passés, dans la bouche de Trotsky, de « 
gloire et fierté de la Révolution » à « contre-révolutionnaires »
 ? C’est là que s’est constitué le 1er Soviet, en mars 1917,
pratiquant une démocratie directe au sein des navires,
fabriques, quartiers. Ils seront d’abord aux côtés des
bolcheviks, en octobre 1917 pour balayer le gouvernement
Kérenski, en janvier 1918 pour dissoudre l’Assemblée
constituante. Pendant ce temps Lénine assoit son pouvoir :
création de la Tchéka en décembre 1917, rétablissement de la
peine de mort en juin 1918. Il affirme :

« L’important pour
nous c’est que la Tchéka (1) applique directement la dictature
du prolétariat. Un bon communiste est un bon tchékiste. »


Dès 1918, des révoltes dans les usines éclatent,
notamment à Pétrograd, voisine de Kronstadt, aux cris de « 
Suppression de la terreur contre les ouvriers et le paysans » et
« A bas le pouvoir communiste, à bas la commissarocratie,
vive le pouvoir des soviets », auxquels répondent arrestations
et fusillades. Après l’hiver glacial de 1920-1921 la situation
s’aggrave, les grèves sont réprimées dans le sang par la
Tchéka. En solidarité, sous l’impulsion de marins anarchistes
des cuirassés Sébastopol et Pétropavlovsk, une Résolution est
adoptée par les équipages, puis le 2 mars 1921 par une
assemblée générale de 16 000 Kronstadiens : le Comité
révolutionnaire supprime la Tchéka, abolit la peine de mort, libère les prisonniers politiques, rétablit la liberté de parole et de presse.

Mais leurs messages tel « Vive le prolétariat ouvrier et paysan révolutionnaire ! Vive le pouvoir des soviets
librement élus » restent ignorés, car les communistes à Pétrograd fusillent les envoyés, brouillent la radio, s’emparent de la base aérienne d’Orianenbaum et affirment que les « gardes blancs » ont pris le pouvoir, malgré un appel d’anarchistes de Pétrograd : « Après la révolte de Kronstadt doit venir la révolte de Pétrograd. »

Trotsky fait venir des troupes et une première offensive les 7 et 8 mars échoue, beaucoup désertent ou se rallient aux insurgés quand ils découvrent les mensonges bolcheviks. Sont alors rassemblés 45 000 hommes, 6
trains blindés, 25 avions. L’attaque finale est portée du 16 au 18 mars, des rangées de mitrailleuses tenues par des tchékistes étant placées derrière les assaillants pour empêcher les désertions. Après des combats acharnés, les
défenseurs font 10 000 morts ou blessés ; la répression sera terrible : 10 026 arrestations, dont 2 103 condamnations à mort et 6 459 aux travaux forcés ! 8 000 Kronstadiens s’échappent en Finlande.

Comment ne pas être, encore aujourd’hui, sensible aux espoirs des insurgés : « C’est ici à Kronstadt qu’est posée la première pierre de la IIIe Révolution. Elle mettra en marche les masses laborieuses de l’Est et de l’Ouest, devenant l’exemple d’une nouvelle construction socialiste, opposée à l’ordre bureaucratique des bolcheviks. »

(1) Police politique, la Tchéka comptait 600 agents en mars 1918 et 280 000 début 1921.


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