Bakounine : L’Héritage 1899-1914

samedi 25 janvier 2014
par  Eric Vilain
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Lorsque l’Association internationale des travailleurs antiautoritaire disparut en 1878, elle n’était plus une organisation de masse, à deux titres : d’une part ses effectifs étaient tombés à quelques centaines d’adhérents ; d’autre part elle avait été, dans sa structure même, transformée par les anarchistes en organisation affinitaire. Le même constat peut être fait pour la Fédération jurassienne.

Pendant une génération, les militants qui se réclamaient de l’héritage de l’AIT durent traverser des épreuves difficiles. Ils connurent également la période des attentats anarchistes (1892-1894) : la répression qui suivit désorganisa les groupes anarchistes, vit disparaître leur presse. Les militants connurent l’exil, le bagne et la clandestinité. En France, la République se montre bien moins tolérante que le Second empire. Chaque tentative de reconstitution d’une quelconque structure ouvrière, même la plus anodine, était suivie d’arrestations et de citations devant un conseil de guerre.

Pourtant, l’activité de construction d’une organisation ouvrière ne cessa pas, malgré la répression terrible qui suivit la Commune. Pendant que les journaux faisaient leur Une des attentats anarchistes, le travail discret des militants continue de construire leur organisation de lutte. Comme l’écrit Édouard Dolléans, « le feu couve sous la cendre des organisations ouvrières détruites ».

Dès 1890 Kropotkine avait montré la marche à suivre. Dans La Révolte, il écrit une série d’articles en septembre et octobre dans lesquels il affirme qu’« il faut être avec le peuple, qui ne demande plus l’acte isolé, mais des hommes d’action dans ses rangs ». Il condamne l’illusion que l’on peut vaincre les coalitions d’exploiteurs avec quelques livres d’explosibles ».

La plupart des militants anarchistes n’étaient pas convaincus de la nécessité de l’action syndicale. Les uns pensent que celle-ci est tout simplement nuisible. Pour les autres, il est clair que les syndicats ne sont pas des instruments d’émancipation sociale. Cependant, une tendance se développe en faveur de l’entrée des anarchistes dans les syndicats : il ne s’agit alors que d’un changement tactique. La publication en 1899 de la « Lettre aux anarchistes » de Fernand Pelloutier va entériner ce changement de tactique. Le texte paraît le 12 décembre 1899 dans sa brochure Le Congrès général du Parti socialiste français. Pelloutier, qui est alors depuis quatre ans le secrétaire de la Fédération des Bourses du travail, définit un idéal, celui d’une société conforme aux aspirations libertaires, et une méthode, l’action à l’intérieur des syndicats et en dehors de l’influence corruptrice du socialisme parlementaire.


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